The Quills

23 septembre 2007

The Beginning

Enfin.

Depuis le temps que je le veux, mon petit coin sur le net, refuge pour mes textes et source de lecture pour un certain groupe de "Elles".

Enfin.

Bonne lecture alors, puisque je n'ai rien à dire de bien interessant et n'oubliez pas de commenter ^^.

Les textes présents sur ce blog ont été écrits entre 2003 et 2007 et sont ma propriété à l'exception des prénoms utilisés qui sont à Clamp et aux personnes les portant réellement.

  ©Serpencia 2003-2007.

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Prologue

« -Haha… »

Le rire moqueur déchire le noir qui vous entour. Cette voix est froide et lointaine tout en restant sensiblement proche...

« -...est ce que...vous avez...peur? Tous seuls... dans le noir? »

Elle n'est ni masculine ni féminine, cette voix, qui pourtant semble si humaine, sans l'être. Cette voix qui vous glace et vous intrigue car elle est la seule chose qui vient rompre les ténèbres tout autour.

« -Peut être que nous ferions mieux d'allumer, ne pensez vous pas? »

Le craquement de l'allumette ne se répand pas en écho comme vous l'auriez imaginé afin de justifier l'étrange vibration de cette voix dans, cet endroit inconnu.

La lueur orangée s'élève de la flamme qui danse sous vos yeux, qui se ferment un instant, aveuglés. Cette faible et seule source de lumière éclaire une moitié de visage. La première chose qui attire votre regard est un œil d'un noir profond, sous quelques mèches de jais.

La peau blanche, d'une certaine pâleur, contraste au milieu de ce néant abyssal où vous êtes. Un demi-sourire étire une moitié de bouche rougeâtre avant que la voix ne résonne à nouveau :

« - Bien le bonsoir. Je constate avec délectation que nous sommes enfin réunis. Il était grand temps. J'avoue que l'ennui de l'eternel se fait lassant après quelques siècles...
Voyez vous, j'ai… une histoire à conter, qui, je pense, est des plus intéressante. Seulement…quand la solitude est votre seule compagne ; Qu'est ce que le néant pourrait bien trouver à dire au néant? »

L’ombre de la flamme, qui ne semble plus vouloir s’éteindre, se miroite dangereusement dans sa prunelle sombre et vous savez, vous le sentez, vous le comprenez : Cet être n’attend pas de réponse, il désire la présence d’un auditoire et rien de plus.

« -Maintenant que vous voici venu, ne m’en veuillez pas qu’après tant d’années d’attente, j’éprouve le besoin de vous faire languir au fur et à mesure que je vous tiendrai récit.
Je vous demanderai une chose, avant que mot ne soit prononcé sur l’histoire qui vous attend, gardez en mémoire que ceci est une réalité et non pas une fable pour s’endormir les jours où on se veut brave. N’oubliez donc pas, que vous n’êtes pas l’un d’eux. »

Et dans un souffle soudain, le noir redevient maître absolu sur votre vision. Une légère odeur de bois consumé, quelque peu aigre, vous titille les narines.

« -Il était une fois, puisque de coutume, nous nous devons ainsi de commencer; Il était donc une fois, quatre amis qui s’aimaient comme seuls les frères savent le faire et dont l’affection était telle qu’ils parvinrent à se pardonner le pire des pêchés…
Mais nous ne pouvons débuter ici, cela serait dommage de vous dévoiler quelque mystère que vous pourriez savourer plus tard, en temps et en heure…Ainsi, prenez patience, et ayez pitié d’un être qui ne désire que retrouver un semblant de ce qu’il fut. »

Le silence retombe et seule votre respiration emplie l’espace. Lente et légèrement sifflante, alors que dans votre esprits les mots échos encore sans que vous parveniez à y voir un sens quelconque.

« -La nuit…la pluie…oui, il faisait orage ce soir là… »

*~*~*

Il faisait orage ce soir là. Le ciel, en colère, se déversait en un ras de marrée sur la ville endormie, emplissant chaque recoin d’une eau sale qui savait se faufiler là où il ne fallait pas. Les rues débordaient de petites rivières qui emmenaient dans leur sillage toute la crasse de Londres des bas quartiers ; Le sang des abattoirs, les excréments des animaux et des Hommes du peuple et d’autres choses qu’il est bon de laisser inconnues.

C’est dans l’un de ses quartiers de misère que des coups violents, frappés contre une porte en vieux bois défraichi, vinrent briser la symphonie céleste. Encore et encore, résonnant en un vacarme assourdissant dans le petit salon désert, sans que nulle âme n’y porte la moindre attention dans le sombre petit appartement, dont les murs s’écaillaient par endroit. Et puis, une lumière s’alluma et des pas précipitées se dirigèrent vers l’entrée, afin d’arrêter le bruit persistant.

La porte s’ouvrit en un grincement à peine étouffé par les torrents d’eau qui continuaient toujours de noyer la ville. Un homme se tenait là, trempé de la tête aux pieds, se retenant péniblement au mur à sa droite. Sa poitrine se soulevait en un mouvement rapide et régulier, et sa bouche à moitié ouverte lui permettait de reprendre son souffle à grande bouffée d’air froid. Il tremblait mais on ne pouvait pas dire si c’était de froid, ou bien d’autre chose. Cette chose qui déformait les traits de son visage jusqu’à l’en rendre méconnaissable, pendant une seconde, aux yeux du propriétaire des lieux.

« -Maximilien ? Est-ce bien toi ? » Questionna-t-il, les sourcils froncés, sa vision quelque peu flou du sommeil dont il avait été si désagréablement arraché. « Grand dieu ! Tu as vu l’heure ?! L’aube n’est point encore levée et te voilà déjà à ma porte, en plus sous cette satanée pluie. Je ne t’aurais jamais soupçonné de pouv… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’une main l’empoigna au col, le tirant vers la ruelle glaciale. Il recula de quelques pas, surpris par ce geste qu’il n’attendait pas. Son regard égaré croisa l’inquiétude dans celui de son ami qui le fixait avec insistance, et une telle détresse que lui-même se sentit soudain étrange. Non…

« - Viens vite ! Tu dois venir avec moi ! Absolument ! C’est lui encore ! Et cette fois ci, je crains fort que nous n’arriverons pas à freiner ses délires, Michaël. »

Michaël se figea sur le pas de sa porte, voyant ses peurs ainsi confirmées. Se détachant de la poigne de Maximilien, il se rua dans sa chambre pour enfiler ses bottes. Son manteau sur le dos, il se saisit d’un vieux chapeau avant de refermer la porte derrière lui.

La pluie rendait leur avancement difficile. La moitié des routes étaient immergées d’eau, et il leur fallut rebrousser chemin à plusieurs reprises avant de finalement couper par quelques raccourcis qui les rapprochèrent du pont de Westminster. Croulant sous le poids de l’averse, ils arrivèrent finalement sur la rive et au loin, Michaël crut apercevoir deux longues silhouettes qui se détachaient de sous le rideau liquide. Les deux hommes s’élancèrent en leur direction et ainsi se retrouvèrent enfin en présence de leurs amis qui se disputaient furieusement.

« -Pour l’amour de Dieu Xiah ! Viens ! Rentrons, nous allons tous tomber malade à rester ici ! » Hurlait l’un des deux.
« -NON YUNHO! NON ! JE NE RENTRERAI PAS ! JE NE RENTRERAI PLUS JAMAIS VOUS M’ENTENDEZ ! JE N’EN PEUX PLUS DE VIVRE AINSI ! »

Les nouveaux arrivants échangèrent un regard entendu ; Il devait encore s’être saoulé jusqu’à en perdre conscience de ses mots, de ses gestes. Et comme toujours dans ces moments d’égarement, il lui venait à la bouche le même discours qui les ramenait tous indéniablement à un autre soir que leurs esprits oubliaient tant bien que mal.

« - Cesse cette mascarade et suis nous, je te prie ! » Ordonna Michaël en s’avançant, saisissant l’homme par la manche de sa veste mais celui-ci la lui retira brutalement en reculant.
« - LAISSEZ-MOI ! CECI N’EST PAS UNE MASCARADE ET VOUS TOUS LE SAVEZ ! »

Ses yeux grands ouverts trahissaient une certaine folie qui leurs faisait peur. Jamais auparavant ses crises n’avaient été d’une telle violence. Il leur semblait voir un autre homme. Un inconnu qui les fusillait de ce regard de bête. C’est ainsi qu’il ne leur laissa pas le temps d’esquisser le moindre geste quand il se hissa sur une des poutrelles d’une des sept arches du pont. Il grimpa à une vitesse telle que Yunho, qui désespérément essaya de le retenir, se retrouva dans la boue, poussé par le pied de son ami.

« -XIAH BON SANG! REDESCEND ! » S’exclama Max, regardant l’homme se mettre en équilibre tant bien que mal sur l’édifice de fer.

Les bras tendus de chaque côté de son corps, Xiah semblait pleurer sous l’eau qui s’écoulait inlassablement des cieux. Sa voix vibra une seconde fois, faisant fi de Yunho qui tentait toujours de ramener son ami sur la terre ferme, en vain.

« - VOUS MES AMIS, VOUS MES FRERES, VOUS A QUI ME LIE LA FORCE DU PACTE ET DU SECRET. VOUS QUE J’AIME ET EN QUI J’AI PLEINE CONFIANCE. VOUS MA FAMILLE, VOUS QUI M’AVEZ TRAHI EN ME PRENANT POUR FOU PUISQU’AINSI IL EST PLUS FACILE DE SE DIRE QUE TOUT EST POUR LE MIEUX DANS VOS PETITES VIES SI CORRECTES, SI COMME IL SE DOIT. VOUS ENFANTS DE PUTAINS QUI M’AVEZ ABANDONNE A MON SORT ! VOUS QU’AUJOURD’HUI JE HAIS ! QUE JE MEPRISE ! »

Sur son perchoir, son corps pencha dangereusement mais il se rattrapa à temps, les pointant de son doigt accusateur, les pointant jusqu’à leurs âmes qu’ils savaient pertinemment, souillées.

« -VOUS QUi… »

Sa voix se brisa un instant et il baissa la tête vers le sol qui lui parut infiniment loin.

« -Vous qui ne me croyez plus…qui m’avez délaissé pour vous-même alors que j’avais besoin de vous…vous, mes frères…qui m’avez tous tourné le dos… ».

Xiah releva le regard et cette fois ci, sur son visage pâle et trempé, un mince sourire se dessina ; De ceux qui murmurent toute la tristesse du monde, de ceux qui avouent sans mot dire. Cela les frappa tous, et chacun sentit le pire étirer son ombre sur eux.

« -Vous comprendrez un jour le poids de nos péchés…je vous maudis tous… »

Et sa tête se leva, rejoignant le gris du ciel.

« -Adieu. »
« -NOOOON ! »

Son corps bascula en arrière, tel un ange qui s’envole soudain, disparaissant de leur vue. Une longue chute qui pourtant ne dura que quelques secondes. Il s’enfonça entre les vagues de la Tamise déchainée, qui l'avalèrent. Et on ne le revit plus… jamais plus.

*~*~*

« -Oui, il était une fois quatre amis qui s’aimaient comme seuls les frères savent le faire et dont l’affection était telle qu’ils parvinrent à se pardonner le pire des pêchés…mais l’un après l’autre, tous durent un jour, payer le prix du silence. »

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Chapitre I

L’oublie de ses propres fautes
Est la plus sûre des absolutions.

-Konrad Adenauer

Dimanche sonnait sur les toits des maisons de Londres, sous le doux soleil d’un été naissant. Les cloches ancestrales envahissaient le ciel de leurs tintements singulièrement joyeux tout en se faisant lugubres, appelant à elles les fidèles qui se pressaient aux marches de leurs paroisses, la bible sur le cœur, et l’âme emplie de foi dont certaines croulaient sous le péché d’une soirée au fond d’une bouteille, d’une semaine dans une ruelle, d’un mois d’hésitation ou d’une vie de regrets incessants. Peu d’entre eux, dans leur attitude pieuse, faisaient réellement l’objet de conscience tranquille et de rêve vide de toute trace de fantasmes inassouvis.

L’église du quartier de Whitechapel n’échappait pas non plus à la poussée de fièvre religieuse. Petite, aux longs murs à la blancheur incertaine, la voute de plâtre planant sur les deux rangées de bancs était supportée par six grandes colonnes qui se faisaient face, trois par trois, de chaque côté du lieu de prière. De larges fenêtres, dotées de vitraux aux couleurs variées de blanc, vert, bleu et jaune, offrant un ornement complexe de représentations de la Vierge Marie et autres figures emblématiques religieuses, inspiraient le respect tout en baignant l’endroit de pierre d’une lumière claire et douce, presque sereine.

L’allée se dessinait du seuil des deux grandes portes blanches serpentant entre les banquettes de bois qui étaient, propres certes, mais dont la couleur marron néanmoins se faisait de jour en jour moins prononcée, jusqu’à l’autel qui s’élevait juste assez pour offrir une vue complète de l’ensemble des croyants.

Debout devant son pupitre orné d’une croix sculptée dans le bois qui faisait face aux fidèles, le prêtre, dans son habit blanc et violet, brodé d’un crucifix en argent, relisait son sermon une dernière fois tandis qu’on s’appliquait à mettre en place la seule vraie richesse de la petite église et qui consistait en une croix de taille moyenne, en or, incrustée de petites pierres rouges tout en allumant les deux grandes bougies d’un blanc immaculé. Une odeur d’encens planait dans l’air, imprégnant le sanctuaire d’une aura qui appelait à la dévotion.

En ce jour béni pour tous ceux qui avaient encore un tant soi peu foi en une puissance supérieur, l’homme de Dieu avait décidé de consacrer ses paroles porteuses de sagesse de par son statut, afin d’insister sur la grande place qu’occupait la confession dans la vie de tout un chacun ainsi que les bienfaits de l’absolution que seul Dieu, par l’intermédiaire de l’Eglise seule, pouvait offrir aux âmes égarées. Dans les lignes qu’ils savaient déjà par cœur, il parlait de lui-même ; Lui, ancien pécheur qui avait trouvé la voix du seigneur pour le servir à jamais, lui vouant un dévouement sans faille, emplissant, pour cela, son cœur et son âme de Dieu et son fils.

Les paroissiens prirent place, ouvrant leurs livres sacrés pour se donner bonne conscience sous le regard du christ qui leur semblait vivant tout à coup, accusateur ou bienveillant selon les esprits qui osaient croiser les yeux à demi clos de l’imposante statue.

Les chants géorgiens s’élevèrent alors, apaisant les âmes fautives, faisant même pleurer les rares êtres qui à ce moment là, comme jamais, se sentaient proches de Dieu et de ses anges. Alors ils fermaient les yeux, se laissant aller vers l’inconnu, sous leurs paupières où se dessinait toutes sortes de visions de ce qui ressemblait à un paradis d’un blanc immaculé à l’entendue infinie.

Le prêtre mit fin à la litanie religieuse, afin de débuter son sermon si savamment rédigé tout le long de la semaine, penché au dessus de ses feuilles sur son petit bureau bancal.

« - Vous voici nombreux aujourd’hui en ce beau dimanche symbole de prière, mais aussi d’écoute et de pardon. Je suis serviteur de Dieu, envoyé parmi vous mes frères, pour livrer les mots sacrés mais aussi pour recevoir les vôtres, vos tourments, vos péchés, pour qu’ainsi, chers fidèles vous puissiez avancer sans crainte dans le royaume des cieux quand votre heure sera arrivée ! Dès lors, la confession de vos fautes est elle une nécessité mes frères. Saint Augustin dans les Confessions chapitre 1 du livre XIII a dit : « Je vous invoque, ô mon Dieu, ma miséricorde, qui m'avez créé et qui n'avez point oublié celui qui vous oubliait ». En conséquence, chers enfants, n’oubliez pas que le chemin de la rédemption passe par celui de la confession. Personne ne peut se sauver tout seul, il est de mon devoir de vous aider dans cette tâche…. »

Et l’on écoutait. En silence et pieusement, on l’écoutait parler de confession, d’absolution, de péché et de vie meilleure. De pardon et de conscience chrétienne. L’on aimait ses mots et les sentiments qu’ils éveillaient en soi, et l’espace de ce discours passionné, tous se sentaient profondément croyants, à la foi inébranlable.

« - Je fus comme vous, un homme égaré dans le noir de mes péchés, mais Dieu m’a écouté et entendu mes frères ! Il m’a indiqué le chemin de la droiture, celui qui mène vers lui et son fils, Jésus Christ, Et me voici devant vous, pour vous guider à mon tour sur la route du tout puissant ! Nous sommes tous enfants de Dieu et Dieu est miséricorde …. »

Les cloches résonnèrent une ultime fois, marquant la fin de l’instant de recueillement et celui de l’illusion de chrétienté chez certaines personnes présentes qui se dépêchèrent de rejoindre leur vie, en dehors du lieu de culte. Certains s’arrêtèrent afin d’allumer un cierge en priant pour un proche, un défunt ou simplement pour eux même, quand d’autres attendirent leur tour, assis sur les bancs près du confessionnal, petite cellule retiré dans le coin droit de l’église.

Yunho, après avoir recueilli les remerciements des âmes en paix pour son discours loué de magnifique, s’en alla enfin vers les autres qui désiraient se sentir apaisés. Il leur accorda un sourire confiant et chaleureux avant de disparaître dans la petite alcôve, tirant le rideau noir.

Les uns succédant aux autres, les habitants du quartier vinrent ainsi admettre leurs erreurs qu’ils jugeaient graves. Et Yunho se retenait de soupirer en entendant les récits qui s’éternisaient, tout en se ressemblant inlassablement, ne portant pas en eux la moindres traces de vrais péchés à absoudre. Le tout ressemblant à une longue tirade de dilemmes et des plaintes qui n’en finissait plus. Les gens avaient l’innommable don de rendre complexes les plus petites choses de la vie courante, cela, il ne l’avait assurément perçu qu’en devenant serviteur de Dieu et de son Eglise.

Mais dans ces heures de lassitude au gout de déjà vu, persistait autre chose qui le gardait en attente, assis sur l’inconfortable banc de l’isoloir. Une confession qui, depuis près d’un mois, se faisait tous les dimanches bien après le départ de ces faux pécheurs aux prétendus tourments qui semblaient intarissables. Une personne qui, bien malgré lui, avait su gagner son intérêt au point où il lui arrivait d’y penser bien après sa journée, seul dans le noir de sa petite chambre à l’aspect austère. Ses mots portaient en eux tout le désespoir que sa vie lui insufflait. C’était une femme qui avait mis du temps à venir à lui, trouvant cela lâche de venir ainsi livrer ses secrets les plus profonds à un étranger, même s’il était un prêtre. Alors les premiers jours, elle s’était simplement contenter de relater les banalités qu’il avait coutume d’entendre, et enfin un jour elle débuta le récit de ses vraies pensées, de ses vraies douleurs et il en avait été heureux. Non pas que le malheur d’autrui lui inspirait de la joie, mais ce fut là, la première fois qu’il se sentit enfin confesseur digne de ce nom. Et il l’écouta religieusement, puis essaya de lui apporter le réconfort de ses mots d’homme de foi. Elle avait chuchoté un merci entre ses reniflements qui venaient interrompre ses aveux par moment, avant de s’en aller retrouver sa maison et par là, la source de son malheur : Son mari aux poings douloureux.

« - Pardonnez-moi, mon père, parce que j’ai péché. »

L’homme sursauta légèrement à l’entente de cette voix si familière sans l’être réellement ; Après tout, il ne savait rien de cette femme qui ainsi venait déverser à son oreille toutes les peines et les espoirs que vivre lui inspirait.

« -Parlez sans crainte mon enfant, Dieu vous entend »
« - Je n’ai point su protéger mon enfant quand il est revenu ivre de la taverne, il y a de cela deux nuits. J’ai failli à mon devoir de mère et suis demeurée couchée sur le sol froid et crasseux de la cuisine où il m’avait abandonnée pour ensuite, s’en prendre à ce qui m’est de plus cher en ce monde. J’aurai…J’aurai vo… »

Ses larmes firent écho à ses reniflements alors qu’il serrait inconsciemment les poings. L’impuissance. Ce vain ressentiment contre lui-même, aux allures d’inutilité saisissante qui se plaisait à s’emparer ainsi de ses sens s’éveillait en lui dès que ses sanglots venaient alimenter ses maux.

« -Dites tout mon enfant, il ne faut rien celer »
« -Mon père, je me sais fautive et demande votre grâce et votre pardon »
« -Ce n’est point à moi, ma fille, mais au seigneur qu’il faut diriger votre prière, il est en toute heure présent en votre vie, et vous observe mon enfant, il ne tient qu’à vous de vous adresser à lui »
« -Il doit avoir grande honte de m’avoir ainsi créée…»

Elle baissa la tête sur le carrée de tissu qui lui servait de mouchoir, avec lequel ses doigts jouaient anxieusement, perdant un instant le sens des réalités en se revoyant sur les dalles collantes de sa cuisine, le visage en sang et les membres douloureux, à peine consciente de son propre état.

« -Voyons ma fille, il n’est point bon de parler en ces termes. Dieu aime tous ses enfants et n’a nulle honte à avoir de vous avoir accordé la bénédiction de vous permettre de naître en ce monde. »
« -Mais ma lâcheté n’est elle point méprisable mon seigneur ? Ne suis-je pas mère de cet enfant, chair de ma chair, que j’ai vu de mes yeux trembler sous les gifles incessantes de celui qu’il doit nommer père et lui vouer respect et obéissance ? Quel genre de femme suis-je pour avoir agis de la sorte ? »
« -Le genre de femme qui elle-même était quasi morte non loin de cet abomination, ressentant la douleur de son fils plus qu’elle ne goutait à la sienne. Vous n’êtes point une mauvaise mère, et Dieu vous pardonne votre manque de courage, puisqu’il vous a peut être eu lieu de sauveur »

Dans le silence qui s’imposa, il remercia lui-même le tout puissant de l’avoir ainsi cloué au sol, car il était convaincu que si elle avait eu la force de se relever, un autre coup aurait emporté son âme à jamais. Alors il ne l’aurait plus revue et son seul moment de partage intime aurait lui aussi volé en éclat. Lui, prêcheur et homme d’Eglise, lui qui se devait d’aimer ses semblables, vouait pourtant une haine sans faille à cette homme dont il ignorait le nom, qui osait ainsi porter ses poings sur sa famille. Tout en cet être impie ne lui inspirait que répulsion et dégout mais aussi l’envie vive et pourtant profane de le tuer de ses propres mains. Oui, il pensait à tuer cet homme pour libérer sa famille de ses péchés mortels qui noircissaient son âme et son cœur d’ivrogne incapable. Il se saisit de lui l’envie de lui tordre le coup jusqu’à l’entendre se briser sous ses doigts, fixant son regard ouvert et ahuri où danserait l’ombre de la peur à jamais…

Yunho se redressa vivement sur son siège, se signant trois fois en murmurant quelques paroles qui éloignèrent cette image qui s’imposa à lui d’une brutalité telle qu’il se surprit le cœur affolé et le froid baigné d’une sueur froide. Embrassant le crucifix qui pendant à son cou, l’homme se jura de ne plus avoir de pensées de ce genre, et de pardonner à cet être méprisable, les péchés que Satan se trouvait sage de lui chuchoter comme l’on lui avait instruit au Séminaire.

« -Mon père, puis je me permettre une question avant de m’en retourner à mes occupations ? »
« -Faites, mon enfant ? »
« -Est-ce péché qu’ambitionner la mort de l’homme à qui l’Eglise m’a liée jusqu’à la mort ? »

Le prêtre se raidit dans son isoloir. Se pouvait il qu’ils pensassent mêmement à de funestes dessein ? Allait-elle…Non ! Par tous les saints, il ne laisserait jamais cela se produire au risque de la voir conduite à l’échafaud hurlée par la foule assoiffée de sang. Il se devait d’ôter cette pensée de son esprit chagriné au plus vite, bien que, et il était le premier à en faire pénitence.

« -Mon enfant ceci est sacrilège et blasphème que de porter de telles intentions envers autrui, plus encore quand celui-ci se trouve être votre époux et maître devant Dieu. »

Il lui en couta de prononcer ces paroles d’un ton qui se fit si dur que la pauvre femme se reprit à pleurer, demandant pardon pour ses réflexions dénuées de chrétienté.

« -Ce n’est rien ma fille, nous sommes tous un jour ou l’autre emprunt aux fourbes incitations du malin. Que notre Seigneur et Dieu, Jésus Christ, par sa grâce et son amour des hommes, vous pardonne tous vos péchés, mon enfant; et moi, prêtre indigne, par son pouvoir qui m'est donné, je vous pardonne et je vous absous de tous vos péchés, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Amen. »

Elle se signa avant de remercier son confesseur pour sa bonté et son écoute, puis se retira. Yunho accota sa tête contre l’une des parois de la cellule, s’abandonnant à un long soupir qui sembla le vider de ses forces pendant quelques minutes où il choisit de demeurer ainsi, avant de se décider à s’en aller vaquer à d’autres occupations. Toutefois, à peine eut il refermé le volet en bois que quelqu’un se prononça à nouveau :

« - Pardonnez-moi, mon père, puisque j’ai péché. »

Le sang, dans le corps du prêtre, ne fit qu’un tour. Ses yeux, venant de s’élargir, reflétaient une sorte de peur sourde qui le glaçait sur son siège, lui coupant toute possibilité de parole.

« -Il y a bien de cela des années que je ne suis point venu à confesse. J’ai commis de bien terribles péchés mon père, oh si vous saviez… »

L’inconnu partit d’un rire de dément qui se répandit en écho le temps de quelques secondes. Il semblait tout à fait disposé à dévoiler ses péchés, mais ne le faisait pas par envie d’absolution ni d’un quelconque pardon : Non, cet homme-là se trouvait en ces lieux pour tout autre chose et Yunho le sentait aussi assurément que sa respiration s’était faite prisonnière de sa gorge.

« -Voyez vous, mon père, il a de cela fort longtemps, j’avais pour compagnon quatre jeunes hommes de bonne famille, à l’esprit vif et à l’amitié d’or. Nous étions si liés, mon père, qu’il survenait souvent que d’aucuns se méprennent, nous prenant pour des frères, ce qui nous amusait grandement à ce propos. Après tout, nous l’étions, d’une certaine manière du moins…Mais abrégeons, je vous sens impatient mon père, n’est ce point ? Oh mais bien sûr, vous n’avez point le droit de vous risquer au moindre commentaire sur mes aveux n’est ce point ? Alors permettez que je poursuive…»

La main de Yunho vint se serrer sur sa croix juste à côté de son coeur qui s’affolait au fur et à mesure des prétendues confessions, racontées sur un ton faussement affligé où vibrait de l’amusement malsain, qui se déversaient de la bouche de l’homme assis de l’autre côté du grillage où il n’osait pas diriger son attention.

« - Et puis…et puis un soir, mon père, oh mon père, un soir effroyable d’ailleurs ! Ils se mirent de concert afin de m’assassiner, mon père. Oh mon père comme j’eus du chagrin, comme je les blâmai si fort, mon père, de m’avoir ainsi laissé dans ce royaume si froid, sous cette terre qui n’était point la mienne…comme je les hais de tout mon être, mon père quand je les ai vu s’enfuir, comme les lâches que j’ai découvert, à mes dépends, qu’ils étaient en vérité. »

Yunho tremblait si fort dans sa terreur que la chaine de son crucifix se brisa, libérant les perles qui s’effilèrent sur le sol froid de la petite église, brisant le silence qui y régnait de tintements aigus. Il n’en tint pas rigueur, toujours tétanisé par le récit qu’on lui tenait :

« -Dites moi, mon père, vous qui dans votre grand savoir, et la grâce que le seigneur semble vous accorder ; Vous pardonnez vous, vous-même, les péchés que votre âme continue de porter depuis ce jour ? Ou dois-je pour avoir réponse, m’adresser au pécheur en vous et non à l’homme d’Eglise ?»

On ne lui répondit pas.

« -Soit.. »

Et la quiétude du sanctuaire fut à nouveau rompue par des bruits de pas qui faillir achever le pauvre prêtre sur son banc de bois. Le rideau noir se retira lentement, glissant sur son support, produisant un fin son de tissu froissé, laissant pénétrer la lumière petit à petit, qui vint aveugler de sa clarté les yeux en larmes du confesseur.

« - Dis-moi Yunho, toi qui t’estime lavé à jamais de tes fautes passées : Crois tu réellement que sous tes habits d’homme d’Eglise, tu n’as plus rien de celui que j’ai jadis aimé comme un frère ? De cet homme qui m’a laissé pour mort ? »

Ces yeux…ce visage, cette voix…J ?

« -C’est impossible….impossible…vous n’êtes pas lui ! Vous n’êtes pas réel ! Vous êtes l’œuvre du malin ! Envoyé ici pour me détourner de ma voie divine.» S’écria Yunho, brandissant le crucifix à sa main dans l’espoir que le petit objet fasse disparaître cette vision démoniaque de sous ses yeux.

Mais l’autre ne disparut pas : il se mit à rire, à rire et à rire d’une telle manière que le prêtre failli en mourir de peur.

« -Dieu que tu es sot mon pauvre Yunho ! Ton avis sur ta personne est il à ce point démesuré que tu te figures digne de vision du Diable ? Pathétique, mon père. »

Il resta là, debout, à contempler le prêtre qui n’avait toujours pas baissé son arme serrée résolument dans son poing, et un dernier éclat de rire échappa ses lèvres.

« -Pardonnez vous, mon père, puisque de nous deux, c’est bien vous, qui avez péché. »

La pénombre retomba dans l’isoloir quand le rideau fut remit d’un geste sec. Yunho ne comprenant toujours pas ce qui venait de se dérouler sous ses yeux, se redressa de toute sa longueur et sortit du petit confessionnal, s’attendant à trouver cet homme issu du passé. Mais son regard ahuri, ne rencontra que les bancs vides mêmement que le reste de la paroisse. Il courut à la porte mais la rue bondée, de marchants et autres personnes, ne lui permit guère de reconnaître l’homme qui avait ébranlé son âme si rudement.

Il se retourna d’un pas lent, croisant la haute statue du Christ. Se dirigeant vers elle, toujours de pas mesurés, Yunho s’agenouilla devant l’autel, son regard levé vers le ciel. Il se signa avant de baisser les yeux, pleurant en silence sa terreur contenue.

« -Pardonnez moi, Seigneur, car il est vrai, que j’ai péché… »

Et dans ses sanglots, il s’effondra aux pieds de son seigneur et maître, qui ne lui accorda point la grâce de lui répondre.

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Chapitre II

D'être hanté par mes vieilles obsessions,
cela me rassure.
Mieux vaut un cauchemar apprivoisé
que la blessure à vif d'un souvenir récent.

-Daniel Sernine

« -Princesse ? Ne t’éloignes pas veux tu ? »

La douce petite main si frêle se glissa dans celle de son père ; Grande, quelque peu rêche mais tiède et rassurante. Elle leva vers lui son visage souriant d’innocence, et ses yeux d’un bleu cobalt brillèrent de malice alors qu’un rire cristallin s’élevait dans l’air.

« -Bien, père » Assura-t-elle de sa voix claire d’enfant de huit ans. Elle hocha la tête, assurant ses dires, et les légères bouclettes de ses cheveux châtain volèrent un instant, frôlant ses joues blanches.

Michaël lui rendit son sourire, à la différence que le sien était attendrit : Sa petite fille, sa fierté. Elle était bien l’unique être restant au monde qui pouvait, sans prétention, se vanter de pouvoir encore lui procurer ce sentiment de bonheur que les Hommes se font un devoir de trouver tout au long de cette réalité où ils évoluent et que l’on appelle vie, quand ce mot se plait à encore avoir un sens dans ce siècle où la puanteur des rues amène les gens à ne plus plisser le nez au milieu des effluves nauséabonds qui s’étaient faits oxygène pour tous.
Un tout désolément majoritaire dont la plupart se trouvait sur la grande place du marché divisée en une classification de trois type de gens :

En premier, les vendeurs qui hurlaient leur halène pestilentielle, issue de leur dents gâtées jaunies ou noircies qui tombaient régulièrement laissant de vastes espaces noirs, postillonnant par la même occasion sur leurs étalages dont la plupart débordaient sur les côtés, rejoignant la pourriture au sol, promettant que leurs marchandises étaient les meilleurs que l’on pouvait se permettre de trouver sur les lieux avec un prix que beaucoup jugerait scandaleux au vu de sa petitesse. Fruitiers, poissonniers, bouchers, ou même charlatans et d’autres, tous se targuaient des mêmes avantages uniques à l’achat de leurs denrées mais la deuxième catégorie, n’étant pas aussi sotte que la grande bourgeoisie s’entêtait à dire, le peuple, la clientèle donc, avait une parfaite connaissance des choses à acheter et de celle à laisser, bien que le choix ne fut pas un luxe qu’il pouvait se permettre.

L’homme tira donc sa petite fille vers une rangée d’étalage plus loin, lui faisant éviter avec brio la dernière des trois espèces ; les mendiants et voleurs qui pullulaient dans le coin, faisant main basse sur les bourses qu’ils pouvaient atteindre, se moquant bien que ces quelques shillings fussent les derniers de cette pauvre dame déjà bien alourdie par le poids de ses courses, ou de cet homme à l’aspect si pâle que l’on s’attendait à voir vomir tout son être d’un instant à l’autre et de tomber raide mort au beau milieu de la crasse environnante.

Personne ne se souciait de personne, sauf quand une empoignade entre marchands débutait. C’était une attraction des plus réjouissante puisque l’on voyait des fruits, des légumes, voire même du poisson voler dans l’air et on pouvait espérer éventuellement en récolter quelques uns, gratuitement. Les produits seraient certes endommagés et pourris par endroit, mais qu’est ce qui ne l’était pas dans cette ville, dans ce quartier ? L’on fait ce que l’on peut, avec ce que l’on a, il était bon de le garder à l’esprit.

«- Bien le bonjour, Louis ! » Lança Michaël d’un ton jovial, scrutant les cageots aux couleurs multiples de fruits et légumes.

« -Vous v’là enfin M’sieur Mick ! J’vous ai bien arrangé vot’panier, » S’exclama le rouquin qui devait avoir dans la vingtaine. Son regard d’un marron tout à fait banal était bordé de tâches de rousseur qui lui donnaient un aspect quelque peu sale mais son sourire chaleureux et ses yeux rieurs le rendaient particulièrement sympathique. Se penchant vers la fillette, il ajouta « y s’pourrait même qu’y ai un p’tit qu’que chose pour not’belle Mamzelle Wendy. »
« -C’est WINDY ! » Morigéna l’enfant, croisant les bras sur sa robe blanche aux rayures bleues, affichant une moue boudeuse.

Les deux hommes se mirent à rire, ce qui leur valut un regard furieux.

« -Voyons princesse, ne sois point fâchée contre Louis, c’est ton ami »

Wendy l’ignora, toutefois elle sembla s’apaiser lorsqu’elle glissa furtivement un regard vers eux.

« -S’cusez Mamzelle We—indy » Se rattrapa t il, « C’est que vous avez déjà un bien joli prénom, pourq… »
« -Louis, sachez que je préfère Windy, tout comme le vent » Maugréa la petite.
« -Et pourquoi donc, Mamzelle ? » Demanda le garçon, souriant.

Son regard bleu s’illumina du sourire ravi dont se fendit son visage et levant les deux bras au ciel, elle se mit à tourner sur elle-même, faisant voler ses cheveux autour de son petit visage :

« -Parce que je suis liiiiibre comme l’aiiir » Chantonna t elle, poursuivant ses ronds sur elle-même sous les éclats de rires de son père et du jeune rouquin.
« -V’z’avez une gamine bien intelligente M’sieur Mick » Déclara Louis.
«-Evidemment ! Ne me dites pas que vous en doutiez, Louis ! »Tança Wendy qui cessa son manège.
« Je…non ! J’vous l’jure Mamzelle Windy, c’était simplement—»
« Allons allons, cesse de réprimander ce pauvre Louis »
« Mais je ne—»
« Wendy… »La prévint Michaël, d’un regard significatif.

La petite fille baissa la tête, penaude.

« Va, c’n’est rien Mr Mick !, Assura Louis. Tenez Mamzelle Windy, je vous donne cette pomme bien rouge pour m’escuser »

Wendy s’en saisit, visiblement ravie. Elle porta le fruit à sa bouche mais son père arrêta son geste.

« N’oubliez-vous point quelque chose jeune fille ? »

L’enfant se retourna alors vers le garçon, et fit une révérence :
« Merci »
« Y’a pas d’quoi, Mamzelle Windy »

Ceci fait, elle mordit enfin dans le fruit croquant, reportant son attention sur une vitrine plus loin tandis que son père discutait avec celui du rouquin qui revenait de leur camion avec un nouveau chargement de légumes.

C’était un vieux magasin de jouets, à la façade en vieux bois verni d’un bleu turquin tout aussi vieillissant, dont la vitrine sale laissait néanmoins voir trois magnifiques poupées de porcelaine dont les grands yeux tantôt bleus, verts et noir semblaient la fixer avec insistance. Vêtues de longues robes saumon, bleu poudre et verte, coiffées de petits chapeaux d’où dépassaient des boucles blondes, brunes, et noires, elles la fascinaient par leur beauté de glace. Se faufilant entre les passants après s’être assurée que Michaël était entièrement à sa conversation sur un quelconque sujet de « grandes personnes », Wendy se posta devant l’échoppe, tout en mâchant les morceaux de pommes d’un air absent.

« Ce qu’elles sont belles ! » S’émerveilla t elle, reprenant distraitement une bouchée de sa pomme.

Mais un mouvement dans la vitrine suffit à lui faire lâcher le fruit rouge. Wendy cligna des paupières plusieurs fois, se demandant si elle n’avait pas rêvé. La poupée à la chevelure noire l’imita et l’enfant reteint un cri de stupeur.

« Je te plais ? »

Pour toute réponse, Wendy recula d’un pas.

« N’aies crainte Windy. Je ne te veux aucun mal » Affirma la poupée, la scrutant de ses grands yeux peints de vert. Il semblait même qu’elle…souriait ?

La fillette resta immobile un long moment, continuant de fixer le jouet qui s’était apparemment tue sans pour autant cesser de la dévisager. Lançant un regard paniqué autour d’elle, et constatant que nulle âme ne lui prêtait la moindre attention, Wendy se décida enfin à s’approcher, retrouvant sa place initiale.

« C—Comment connais-tu mon prénom ? »
« Je voudrais devenir ton amie Windy, je veux, tout comme toi, être aussi libre que le vent»

La petite voix quelque peu nasillarde se perdit dans un souffle de ce qui aurait ressemblé à de la tristesse si le fait qu’elle fût un objet ne faisait obstacle à la possibilité de ressentir quoi que ce soit. Mais elle lui parlait bien et personne d’autre que l’enfant n’avait, apparemment, fait attention à cet étrange phénomène. Wendy avança encore, une main tendue devant elle, cherchant visiblement à poser sa paume contre le verre à la netteté douteuse de la petite vitrine.

« Elles te plaisent ? » S’enquit une voix derrière elle.

L’enfant sursauta violement, retirant précipitamment sa main, qui n’était plus qu’à quelques millimètres, à la surface lisse qu’elle s’apprêtait à rencontrer.

Wendy redressa la tête vers son interlocuteur et ses yeux s’élargirent un instant. La pensée que cet homme était l’être le plus beau qu’elle eu jamais rencontré s’imposa d’elle-même alors qu’elle le scrutait sans mot dire, paraissant avoir entièrement oublié le précédent objet de sa convoitise. Ce visage, ces cheveux noir de jais, ces yeux d’encre et cette peau si blanche à la limite de la transparence faisait ressortir le rose de ses lèvres, l’homme lui adressa un sourire amical, se mettant à sa hauteur sous le regard admiratif de l’enfant.

« Bonjour, comment te prénommes-tu princesse ? »
« W—Wendy !»
« Que voici un joli prénom, tu le portes à merveille, Wendy. » Il ponctua sa phrase d’un clin d’œil et elle rougit, le faisait rire.
« Sais tu que tu es particulièrement mignonne quand tu es gênée? »

Ses joues s’empourprèrent davantage et elle tourna la tête vers la vitrine, faisant mine de contempler les poupées alors qu’en vérité, elle ne faisait que jeter de furtifs œillades à l’inconnu toujours agenouillé à côté d’elle.

« Je ne suis point gênée, Monsieur. Quand bien même je le fusse, il est de mise de rougir sous un compliment, sans quoi la personne l’ayant adressé risquerait de s’offusquer du manque de courtoisie de la complimentée » Répliqua t elle sur un ton condescendant qui n’avait rien de celui d’une fillette de son âge.

S’il fut surpris par de tels propos, l’individu, toute fois, n’en montra rien. Il continua de brandir le même sourire bienveillant et porta également son attention sur les jouets docilement mis sous verre.

« De plus, il ne me semble point avoir agréé à mon tutoiement. »
« Il est vrai que sur ce point, encore, vous avez foi, jeune fille » Admit l’inconnu en se redressant. Elle le regarda exécuter une rapide révérence. « Veuillez me pardonner mon affront »

L’enfant le considéra un moment sans rien dire, puis lui adressa son plus beau sourire, qu’il lui remit sans attendre, reprenant sa place près d’elle.

« Dites moi donc, jeune Wendy, vous n’avez jamais répondu à mon interrogation. »

La concernée afficha son incompréhension la plus totale. Aussi, l’homme renouvela sa question du tout début, désignant les poupées.

« Vous plaisent-elles ? »

Retournant à la contemplation des trois poupées, Wendy se souvint de ce qui s’était passé avant l’arrivée tout aussi inopinée de l’homme près d’elle. Avait-elle tout simplement imaginé la scène ? Sûrement, après tout, une poupée ne parle pas ! C’est absurde. Rassurée par cette conclusion, l’enfant répondit enfin :

« Oui, beaucoup »
« L’une d’elles en particulier ? » Insista t il.

Bien malgré elle, ses yeux se posèrent instinctivement sur celle au regard de jade et elle se mordit la lèvre en repensant à ce qu’elle avait cru entendre : Je veux, tout comme toi, être aussi libre que le vent…

Ainsi donc, elle était prisonnière derrière cette vitre poussiéreuse…
Comme Maman.

Décelant la soudaine mélancolie dans les deux cobalts du visage de l’enfant, l’homme eut un sourire mystérieux que Wendy ne vit pas.

« Je reviens, veuillez m’attendre quelques instants. »

Et sans ajout, il disparut dans la boutique, laissant derrière lui un son clair de clochette.

Quelques secondes à peine s’écoulèrent avant qu’une main n’apparaisse derrière le verre pour s’emparer de la poupée que Wendy n’avait cessé de fixer de son regard absent aux reflets de tristesse lointaine. Cela la tira brusquement de sa rêverie, et elle n’eut pas le temps de réagir que déjà les deux émeraudes se trouvaient sous son nez, l’observant sans expression.

« Elle est à vous »

Incrédule, elle considéra tour à tour l’objet et le sourire de cet inconnu qui venait de lui brandir le jouet dont elle n’avait nullement exprimé le désir.

« Eh bien qu’avez-vous, jolie Wendy. S’exclama t il, visiblement amusé du manque de réaction de sa jeune vis-à-vis. N’est-ce point celle qui paraissait presque vous parler tandis que vous la dévisagiez avec insistance ? »

« De quoi est-ce—
« Je vous ai aperçu bien avant de venir vous saluer, L’interrompit il. Bien, voulez vous la prendre, je dois malheureusement partir, on m’attend ailleurs. »

Aussitôt dit, il nicha la poupée entre les bras d’une Wendy médusée, avant de se redresser de tout son long, dominant Wendy, qui lui arrivait à peine à la taille.

« Mademoiselle, ce fut un plaisir, Déclara t il en s’inclinant légèrement. Prenez grand soin de votre nouvelle amie, le fabriquant ne lui à point donner de nom, ce qui est fort dommage vous en conviendriez. Je sais que vous saurez la nommer comme il se doit ! Au revoir, Wendy»

Et lui adressant un dernier sourire, il tourna le dos pour repartir, se fondant dans la masse de passant, disparaissant aussi vite qu’il était apparut auprès d’elle.

Penaude, la fillette reporta son attention sur le jouet dans ses mains et vit quelque chose briller à son poignet droit ; Un anneau, en or. Bien trop grand pour le bras de la poupée, il lui fut donc aisé de le faire glisser dans sa main. Wendy fronça les sourcils à mesure qu’elle scrutait l’objet puisque celui-ci lui en rappelait singulièrement un autre…

« WENDY ! »

La voix grondante de son père lui fit faire un rapide volte face avant que le poignet de l’homme ne se saisisse du sien, manquant de lui faire lâcher le bijou. Michaël la traina ainsi jusqu’à quelques rues plus loin, comme s’il avait été poursuivi. S’arrêtant enfin devant une petite librairie, il se posta devant l’enfant qui n’osa pas lever les yeux vers son géniteur dont elle devinait aisément les traits déformés par la colère.

« QUE DIABLE FAISAIS TU LA BAS ! ES TU INCONSCIENTE ! JE T’AVAIS POURTANT PREVENUE DE NE PAS T’ELOIGNER BON SANG ! »

L’enfant baissa la tête sans mot dire.

« SAIS TU SEULEMENT QUE QUELQU’UN AURAIT PU T’AGRESSER VOIRE PIRE, TE TUER! »
« Je suis désolée, père » répondit l’enfant après un moment, dans une voix qui annoncer l’arrivée de larmes imminentes.

« TU NE—, Il se tut un instant, se disant qu’il était peut être allé trop loin. Ecoute ma chérie, je me suis inquiété en ne te découvrant nulle part à mes côtés. »

Il s’accroupit, et de ses deux mains, lui fit relever la tête. « Je te demande pardon de m’être emporté, tu sais que tu comptes plus que tout à mes yeux, Wendy »

Ses lèvres se posèrent un moment sur le front de la fillette avant qu’il ne l’étreigne contre son cœur. Elle s’y blottit, refoulant ses larmes, et lui murmura doucement qu’elle ne le referait plus. Mais sentant la poupée contre son torse, Michaël finit par défaire l’étreinte, se rendant enfin compte de la présence du jouet entre les mains de sa fille.

Un sourcil levé, il considéra l’objet puis questionna Wendy du regard. Celle-ci détourna la tête.

« D’où te viens ceci ? »
« Je—
« Ne me dis pas que tu l’a….WENDY ! »
« Non, non ! Je te jure que je ne l’ai point volé papa ! On me l’a offerte, quand j’étais devant le magasin tout à l’heure. »
« Qui te l’a offerte ?! Depuis quand est ce que ma fille accepte si facilement des présents d’un étranger ! » Vociféra t il, prêt à exploser de la même colère qui précédât.
« Père, ce n’—

Néanmoins elle s’interrompit quand son regard accrocha la bague au doigt de son père. Mais bien sûr !

« Parle, grand Dieu ! »
« Regarde » S’exclama t elle simplement, déposant l’anneau dans la paume de son père.
« Qu’est ce que—

Il se tut quand son attention se porta sur l’objet or. Ses yeux s’élargirent de stupeur tandis qu’il l’examinait sans toutefois oser y toucher. S’en emparant finalement, il le tourna de façon à vérifier ses craintes ; Il était bel et bien gravé de ce nom qu’il avait désiré taire à jamais. Et pour que nul doute ne demeure, les mots « Frères Eternels» se dessinaient de l’autre coté intérieur du métal.

« Mon Dieu…Murmura t il, à peine conscient des tremblements de ses mains. C’est impossible ! »

Mais l’inscription demeurait toujours, bien réelle, lui brûlant la vue de sa netteté immuable. C’était bien celle de ce frère perdu trop tôt, dont le corps n’avait jamais été rejeté aux rives de la Tamise.

Xiah, son frère éternel.

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Introduction

Parlons à un peu avec des si, ce n’est pas la peine de refaire le monde, imaginez vous simplement. Oui, vous. Imaginez qu’un jour, la première chose que vos yeux heurtent après une nuit de profond sommeil, ce soit du gris. Partout, absolument n’importe où ; du gris. Du gris, encore, toujours, du gris à vous faire douter de la clarté de votre vue. Non pas argent, non pas métallique, mais plutôt…brouillard ; Ce gris bien terne qui en plus a vieilli avec le temps, le climat, les gens.

De la panique ? De la peur ? De l’angoisse ? Que ressentiriez-vous au milieu de cet océan homogène de gris.

En ce qui me concerne, je sais que ça serait un mélange de tout. Mais ce n’est qu’un si et une image dans votre esprit. Alors que lui…
Lui, le vit. Au jour le jour. Il le vit. Au point de devenir à son tour : gris.

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Prologue : I am Colorblind

Les murs sont gris. Le ciel est gris.
Mon humeur l’est. Mes vêtements le sont.
Absolument tout est de cette couleur impersonnellement neutre : gris.

C’est cette seule couleur qui teinte désormais ma vie, ou du moins, ce qu’il en reste. Même le monde que me laissent percevoir les barreaux de la petite et unique fenêtre en est imprégné. Nulle autre couleur pour rythmer mes journées, sauf le noir de l’infinie, la nuit. Mais encore les étoiles de leur éclat pâlissant me rappellent que désormais, ma couleur, c’est le gris.

Alors dans ma résolution forcée le temps défile sur moi. Moi, assis à la fenêtre, ou moi, allongé sur le lit, unique meuble de la chambre qu’on m’a assigné. Je ne s’en plains pas. Je vais bien. Je vais mieux que bien aujourd’hui.

Je délaisse le lit et m’assieds sur le petit tabouret en bois qui craque dangereusement quand je m’y pose. J’aime bien ce son. Il est peut être la seule chose qui ne soit pas de ma couleur. Mais je sais qu’il le devient ; Petit à petit tout se teinte, tout devient fade et c’est beaucoup mieux ainsi. Du moins…quand je ne le croise pas dans la vitre teintée d’un voile de poussière grise. Mais à part ça, quand je m’estompe et laisse les jours se faner encore et toujours ; Je vais bien.

Je ne suis pas prisonnier de ce lieu. Non, bien sûr que non. Seulement…dehors…
…dehors c’est grand. Dehors c’est bien trop grand. Et je n’irai pas bien dehors. Même si c’est seulement pour une marche dans le parc. Dehors c’est grand. Dehors c’est inconnu, c’est dangereux.

Non. Ne pensez pas que je sois fou. Je ne suis pas fou. Je suis juste…mort sans l’être complètement. Le noir c’est la mort. C’est ce qu’on dit. L’arc en ciel c’est la vie. C’est moi qui le dis. C’est pour cette raison que le noir ne figure pas parmi les couleurs de l’arc. Mais alors où se place ma couleur ? Entre les deux sans doute. Le gris c’est neutre. Donc le gris ça existe sans trop déranger. Comme un oui et un non. Une couleur qui n’as pas de sens et qui n’en demande pas.

Inévitablement, je vois quelqu’un dans les carreaux de la vitre, juste derrière les deux barreaux. C’est lui ; l’homme de la fenêtre. Lui aussi, il est gris. Enfin, pas complètement cela dit. Il a les yeux rouge et creux, les joues aussi. En plus de plein d’autres petits cratères sur celles-ci. Il est laid. Il ne va pas bien lui. Je ne l’aime pas. Il ne va pas bien depuis longtemps. Même les bonbons ne lui font rien. Pourtant, c’est bon les bonbons. Sinon ça ne porterait pas ce nom. En plus ce n’est pas gris un bonbon : c’est rose et bleu et vert, c’est un joli arc en ciel dans du papier blanc. Mais lui ne les aime pas. Il est méchant. Je ne l’aime pas. Il ne va pas bien.

Vous savez…il me fait peur quelques fois. Quand je le regarde un peu trop longtemps et que les bonbons ne sont pas encore livrés. J’ai l’impression que je le connais. Que je le connais bien. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Je vais bien moi. Je ne connais pas les gens qui ne vont pas bien et qui n’aime pas les bonbons. C’est mauvais, de ne pas aimer les bonbons.

De temps à autre il me parle. Il m’a raconté qu’avant, il avait une autre vie, une autre réalité ; Là où les couleurs se mêlaient dans un tourbillon de bruits, de sons...de musique. Oui, il fut un autre monde, il fut un autre lui. Chose qui n’est plus, mais bon, on n’oublie pas toujours. Il parle comme une sorte de robot et m’assure qu’il a tout perdu. Pas d’un coup, pas brutalement, pas du jour au lendemain, non. Lui, il l’a vu s’effacer ; Ce tout. De lendemain en lendemain, pour ne plus les voir ; Eux. Il répète souvent que quand on se complait dans les illusions du « tout va bien, tout est parfait », on ne voit pas grand-chose à vrai dire. Et qu’au final, peu importe ce qu’on essaye de fuir, on finit dans le noir, ou, comme nous deux : dans le gris.

Une fois j’ai osé lui poser une question, juste comme ça, pour savoir. Je lui ai demandé pourquoi il n’avait pas demandé de l’aide, comme moi je l’ai fais. Toujours avec ce ton d’automate blasé, il m’a expliqué qu’on ne demande pas de l’aide quand on est seul, quand personne n’est là. Personne. Juste lui.

…et elle.

Il me parle souvent d’une fille. Il me dit qu’elle est la cause de son état. Qu’elle est celle qui l’a poussé à venir ici. Que c’est à cause d’elle qu’il ne va pas bien. C’est stupide de ne pas aller bien pour une fille, mais bon, chacun fait ce qu’il veut. Il m’en a fait une description un jour. Assez étrange. Il a dit qu’elle avait une peau blanche, comme du lait, un peu, ou l’emballage des bonbons si je préférai l’imaginer comme ça. Ses yeux étaient noirs tirant un peu vers le vert. Et qu’elle sentait bon. Très bon. Un parfum aigre-doux qui lui manque des fois. Et puis, c’est là que ça a basculé vers du n’importe quoi. C’est une preuve qu’il ne va toujours pas bien. Il a ajouté qu’elle piquait quand elle l’embrassait. Que ça faisait mal mais que ça faisait du bien. Il ne va vraiment pas bien, pas bien du tout, cet homme dans ma fenêtre.

Elle porte un nom bizarre d’ailleurs cette fille, mais j’aime bien comment ça sonne. Il ne me l’a dit qu’une seule fois, et son ton s’était changé, un peu. Comme s’il avait envie de la revoir mais qu’il savait que c’était mal. Elle s’appelait…
Héroïne

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Chapitre 1: My Someone In The Dark

L’eau s’écoula du robinet en argent, dessinant un demi-cercle liquide qui finit dans le siphon. Ce trou qui vous happerait presque. Ses yeux fixent cet abyme ; C’est noir. C’est vide. C’est comme lui.

JaeJoong passa ses mains sous le jet d’eau froide, puis en inonda son visage. Une fois. Deux fois. Cinq fois. C’est un geste brusque, un geste violent, un geste rageur. Il en a besoin. La journée commençait mal. Non. Tout le mois n’était qu’un enchainement de journées pourries qui s’étendaient plus que de raison, le plongeant dans un état de dépression et d’angoisse caché. Même lui, ne s’en rendait pas complètement compte. Ensevelissant ses doutes sous des tonnes de vitamines et autres cachets en tous genres pour tenir et se dire que c’est normal. Alors il était là, dans les toilettes de la SM à se noyer sous un vulgaire robinet. Encore et encore. Sans effet. L’eau n’enlève pas ce qui ne laisse pas de marque. Ça apaise seulement…ça leurre seulement.

Relevant enfin la tête, son image se heurta à ses yeux et il grimaça. De grosses gouttelettes s’égouttaient de ses cheveux, de son menton, de son nez. Mais ce n’était pas ça qui le dérangeait. Ses yeux. Ces yeux qui s’enfonçaient de jour en jour dans ce visage dont la pâleur devenait cadavérique.
« - Et ces joues… »

Ces joues creusaient un peu plus son apparence, lui donnant un aspect de malade agonisant. Mais il n’était pas malade. Ou du moins, il ne le pensait pas. Le travail, ce n’était pas une maladie n’est ce pas ? Alors il n’avait rien à craindre.

Le travail. Tout le temps. Le travail. Les heures qui filent et eux qui n’avancent pas, et lui qui n’avance pas. Jour comme nuit. Le travail. Et on continue, et on refait et on recule. Le travail. Jusqu’à ne plus savoir ce qu’on fait.

S’il y avait une chose dont JaeJoong n’avait pas peur, c’était bien de s’adonner corps et âme à ce qu’il aimait. Et il aimait sa vie. Il aimait cette voie que sa destinée avait prise au prix d’efforts et de sacrifices douloureux. Il aimait la musique, il adorait chanter et ses fans lui procuraient un bonheur incommensurables. Oui, il pouvait dire qu’il avait une vie parfaite. Le dire oui, y croire aussi, quant à la réalité, elle clamait tout autre chose.

La perfection. Ce mot qu’on lui - et leur - attribuait souvent, que signifiait il réellement ?

Perfection : Etat de ce qui est parfait.

Qu’est ce que parfait voulait dire ?

Parfait : Qui a toutes les qualités et aucun défaut.

Qu’est ce qu’une qualité ? Qu’est ce qu’un défaut ?

Qualité : Ce qui fait la valeur de quelqu’un.
Défaut : Imperfection.

Qu’est ce que Kim JaeJoong dans tout ce charabia d’intellectuel : Rien.

Ni parfait, ni imparfait, ni une qualité, ni un défaut ; Il était un être humain qui vivait pour ses rêves. C’était un Homme comme les autres. Et comme un Homme comme les autres, il y avait des jours du calendrier qu’il aurait préféré sauter. Comme aujourd’hui. Comme quelques minutes auparavant.

Il passa une main sur son visage, fermant les yeux sous cette caresse sans douceur, espérant les rouvrir pour voir autre chose. Voir qu’il allait bien, comme il le ressentait, voir qu’il était bien et non parfait comme on lui répétait d’être. Juste se dire qu’il avait une bonne mine, de se traiter de sale gueule et que ça soit un bon mensonge pour continuer la journée.

JaeJoong ouvrit les yeux, rencontrant son double. Aucun changement.
« -Tu m’étonnes…ça empire. »

Il soupira. Bruyamment. Son reflet le contemplait, il fit de même .Ce mec lui souriait. JaeJoong secoua la tête. Qu’est ce qu’il se racontait encore ? C’était lui dans le miroir en face, ce n’était pas quelqu’un d’autre. Si l’autre souriait, cela voulait dire que lui aussi souriait…non ?

La panique se saisit de lui et sa main se plaqua brutalement sur le coin de sa bouche. JaeJoong se figea.
Non.
Le sourire de l’autre s’étira ; Mauvais, moqueur. Un rictus machiavélique. Un rictus qui ne lui ressemblait pas.

Il recula d’horreur, manquant de trébucher, se heurtant à la porte de la cabine des toilettes derrière lui. Ce contact froid à travers son t-shirt le réveilla soudain. Se précipitant, il entra dans la petite cabine et referma la porte, mettant le verrou. Le clic sec résonna en écho dans la pièce. La dernière chose que ses yeux avaient croisé était ce lui en train de se moquer, souriant encore, grimaçant toujours, se foutant de lui ouvertement. L’accusant ouvertement.

Inspirer. Expirer. Une fois. Deux fois. Lentement. Doucement. Son cœur s’affolait dans sa poitrine, sa gorge était sèche et il tremblait. Inspire. Expire…

« -Jae…Joong… »

Comme un sifflement malicieux sur une mélodie de comptine, son nom venait de briser le silence de sa respiration seule. Son nom, mais plus angoissant que cette avertissement faussement joyeux, la voix qui l’appelait comme on appellerait quelqu’un en sachant déjà où il se cache ; Cette voix… sa propre voix l’interpelait.

« -Jae...Joong…je sais que tu es…là dedans ! »

Sur ces derniers mots, la porte trembla sous la force d’un coup et d’un coup seul. Violent. JaeJoong dans sa prison sursauta, sentant son cœur lâcher.

« -oh ! Le vilain méchant petit garçon...ouvre moi… »

Cette voix, si sienne sans l’être, si semblable, si familière pourtant sonnait tout autre. Froide, perçante, glaciale, il en avait… Peur. Que se passait-il exactement? Cela n’avait aucun sens ! Cette voix, n’avait aucun sens. Cette…chose dans le miroir n’avait aucun sens. Cette peur n’avait aucun sens. Rien n’en avait. Rien. Rien. Absolument rien !

« -OUVRE CETTE PUTAIN DE PORTE ! »

Des coups furieux suivirent cet éclat qui résonna en écho jusqu’à l’âme de JaeJoong qui se couvrit les oreilles, désirant fuir ce bruit insoutenable et cette réalité soudain infernale.

« - va t’en, va t’en, va t’en… »

Une prière à peine chuchotée. JaeJoong assis désormais sur le siège rabattu des toilettes se balançait d’avant en arrière, ses deux jambes serrées devant lui, ses mains résolument claquées de chaque côté de sa tête, protégeant son être de ce qui se passait.

« -va t’EN, va T’EN, VA T’EN ! »

Et le silence se fit. Plus de coups, plus de cris. Silence…

D’un geste lent, JaeJoong écarta ses mains de ses oreilles et rouvrit les yeux, le corps toujours tremblant, baigné de sueur froide. Ses jambes menacèrent de se dérober sous lui quand il se releva, mais il tint bon. Fébrilement, ses doigts se posèrent sur le verrou gris…et il hésita.

Et si c’était…réel ?

Ses doigts s’écartèrent vivement comme brulés par le froid du métal. Repliés dans sa main à moitié fermée, il les fixa et soupira, mais l’air dans ses poumons resta bloqué. De son autre main, il saisit son poignet droit et força son geste avorté. Le déclic se répandit encore une fois dans la pièce, arrêtant le cœur du jeune homme pendant un millième de seconde. Sa respiration reprit alors, bien que saccadée. JaeJoong contempla le loquet désormais ouvert, les yeux vides. Ses bras retombèrent le long de son corps, lourds.

La porte grinça, s’entrebâillant de quelques centimètres. Le regard où se peignait encore la terreur de JaeJoong scanna l’endroit, inquiet. Il n’y avait rien. Respirant enfin il poussa l’accès et avança d’un pas hors de sa cachette, faisant résonner ses talons sur le carrelage.
Il ne daigna pas croiser son autre dans le miroir.

Se rapprochant des lavabos, il remarqua qu’il y en avait un d’ouvert. C’était lui qui l’avait laissé ainsi dans sa fuite. L’eau s’écoulait en un petit filet transparent. Il y passa un doigt, c’était agréablement froid. JaeJoong sentit son corps se détendre à ce contact apaisant. L’eau était définitivement son élément. Il ouvrit largement le robinet et le jet blanc tomba dans ses mains jointes. Il laissa le liquide glacé glisser entre ses doigts, ne le quittant pas des yeux.

« -On fait trempette ? Pitoyable JaeJoong… »

La main du coréen se crispa sous le robinet. Non ! Ça n’allait pas recommencer…

« -Allez petit garçon…regarde toi, regarde moi…regarde comme tu es laid ! Comme tu ne sers à rien ! Comme tu handicapes les autres ! Comme tu n’arriveras jamais à rien de bien ! REGARDE COMME TU N’ES RIEN ! REGARDE COMME TU ES PITOYABLE ! »

JaeJoong se vit trembler sous cette voix si cruellement sienne. Il ne se maitrisait plus. Plus rien de cet être de perfection qu’on se plaisait à voir en lui, qu’on lui avait appris à montrer en étant distant à l’attitude glaciale, plus rien de ce faussement naturel n’existait en cet instant d’effroi irréel. Sa tête se mut d’elle-même et son regard troublé croisa le sien.

« - Ah ! Voilà qui est mieux. Bonjour mon très cher double. »

Ce sourire, si suffisant, cette attitude, si hautaine et tout ce mépris…Tout ce mépris, dont ces yeux miroitaient sombrement. Ces yeux qui le perçaient profondément, l’immobilisant sur place. Gelé. JaeJoong était gelé.

« -JaeJoong…le Héro ! »

Il s’esclaffa dans sa prison de glace. Riant encore et encore. Un rire abominable. Un rire qui déchira le peu de courage qui restait en JaeJoong ; Une larme se dessina sur sa joue pâle, puis une autre, et une autre…

« - Oh mais tu pleure petit garçon pitoyable ! Tu es si fragile ! Si inutilement fragile…Comme cette jambe qui te fait toujours mal. On devrait peut être te l’amputer non ?! mmh oui c’est une bonne idée tu ne trouves pas JaeJoong ? Tu arrêterais de danser si gauchement et ils ne mettraient plus des heures à refaire les même petits pas, si simples, si ridiculement faciles, pour que le Héro suive le rythme. A douleur fantôme, jambe fantôme ! Ça ne te fera même pas mal…malheureusement. »

JaeJoong porta une main à sa jambe anciennement blessée, comme pour s’assurer de sa présence. Elle était encore là. Cette jambe qui l’empêchait encore de faire comme les autres. Stupide peur ! Stupide jambe ! Stupide…lui. Oui, lui, pas l’autre du miroir, mais bien lui. Il aurait dû faire plus attention, il aurait dû mieux la soigner. Lui et sa stupide envie de gloire, sa stupide peur d’être oublié, stupide connerie d’être effacé.

« -Tu as vu le désespoir sur la tronche de ce pauvre Yunho hein ?! Ce mec qui t’a toujours défendu, ce mec qui supporte tes gaffes, ce mec qui t’a engueulé, il n’y a même pas une heure. Ce mec qui en a marre de te voir foutre leurs carrières en l’air ! Toi le petit chouchou de SM, prétendu canon de la Corée du Sud. Toi qu’on qualifie de magnifique. Qu’est ce que tu es au fond, toi, qu’on prend pour une femme, et qu’on n’arrive pas tout à fait à voir comme un homme malgré ce que tu as entre les jambes ? Tu n’es pas un homme ! Tu n’es même pas une femme…qu’est ce que tu es JaeJoong ? Magnifique, c’est asexué comme adjectif non ? Qui dans le monde de notre beau et grand seigneur est asexué mmh ? Les microbes n’ont pas de sexe distinct non ? Tu es donc un microbe Kim JaeJoong. Un infecte petit microbe infime et tout le monde a un microscope pour te suivre où que tu sois, quoique tu fasses. Petit truc répugnant. Petit garçon minable qui pleure… »

Qui pleure…Oui. JaeJoong pleurait sans retenu devant ces mots pénétrants de vérité. Oui, c’était un monstre de foire, une chose hideuse, un microbe insignifiant qui répandait sa maladie au sein du groupe. Oui. Il n’était rien. Il était sans intérêt. Rien. Le néant.

« -JaeJoong… »

L’interpelé plaqua ses mains contre ses oreilles, secouant la tête de gauche à droite, d’un mouvement rapide et brutal, d’un mouvement incontrôlable.

« - TAIS-TOI ! LA FERME ! CA SUFFIT ! Ça suffit…ça suffit… »
« - Hey Joong ! »

La main qui se posa sur son épaule le fit sursauter violement. Ses yeux rencontrèrent un regard inquiet. Yunho. Son meilleur ami, son meilleur soutient. Il se jeta dans ses bras, recherchant sa protection, recherchant son réconfort, cherchant un endroit pour se cacher. Comme on le ferait en accourant près d’une mère ou – en l’occurrence – d’un père. Et il pleura, sans larmes cette fois ci. Accroché à ce père de substitution, il trembla, gémit, renifla, murmura des choses qu’il ne comprenait pas lui-même. Il mit son âme à nu, baissant toutes les barrières de l’apparence.

« -JaeJoong… »

Doucement, la voix du leader, ainsi que sa main caressante de réconfort sur son dos, le calmèrent. Mais il ne bougea pas pour autant. La tête enfouie dans le torse de Yunho, les yeux clos, l’enfant se refusait à quitter ce lieu empli de sécurité.

« -Viens, on doit y aller, les autres vont s’inquiéter. »

Les autres. Il y avait les autres. Les autres qui l’attendaient pour continuer. Et lui était là, retombant dans les méandres de l’affligeante gaminerie de l’enfance. Résolument, il s’écarta des bras rassurants et se dirigea vers le robinet encore ouvert. Il effaça les traces de ce moment de faiblesse et rencontrant son reflet se vit bien lui-même. Froid. Masque de glace et de comme il faut.

« -On y va. »

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Chapitre 2: I've Got The Will To Drive Myself Sleepless

Les stores à moitié baissés laissaient pénétrer la faible lumière de l’aube. Un vent froid et humide s’immisçait dans la pièce plongée dans une pénombre grisâtre, faisant voler quelques mèches des cheveux de jais du jeune homme.

JaeJoong, partiellement adossé contre le montant de son lit, tira sur sa cigarette avant de balancer ce qui en restait, sans regret, par l’ouverte juste à côté qui servait de fenêtre. Il avait lui-même changé l’emplacement de son martelât pour se rapprocher de la vue imprenable qu’offrait sa chambre sur Seoul et, accessoirement, fumer sans pour autant rester confiné dans le brouillard fortement odorant qui n’aurait pas tardé à envahir l’apparemment.

Le reste de la bande dormait paisiblement depuis des heures, mais à en juger par la couleur du ciel qui se colorait peu à peu, étirant les ombres le long des murs jusqu’à en estomper certaines, Yunho ne tarderait pas à se lever. Changmin s’était, comme chaque soir, faufilé dans la cuisine pour sa collation de minuit puis celle de deux heures et quart. Il avait entendu Junsu aller boire peu après que les dernières notes du piano de Yoochun se soient tues, il y avait une deux heures et demie peut être.

Et lui. Lui c’était sa deuxième nuit blanche qu’il venait de passer à fumer des mentholées, boire du café dont la température diminuait au fil des heures jusqu’à en devenir imbuvable, et gribouiller sur une tonnes de feuilles qui finissaient presque toutes sur la moquette, en un amas de boules blanches difformes. Celles qui prenaient grâce à ses yeux, s’étalaient sous un cendrier qui débordait, un briquet en ivoire et un bol de bonbons à la fraise. JaeJoong saisit son paquet de cigarettes et constata qu’il ne restait qu’une seule tige blanche. Il la fourra entre ses lèvres avant de réduire l’emballage en un petit tas qu’il lança par la fenêtre.

La fumée blanchâtre s’éleva vers le plafond. Il la suivit du regard. Ses yeux las fixèrent le plâtre un moment puis ses sourcils se froncèrent légèrement. JaeJoong pencha la tête vers la gauche, scrutant l’anomalie qu’il venait de découvrir.

« -Depuis quand est ce que le plafond est gris ? »

Son visage se fendit d’un sourire moqueur avant de tirer une nouvelle taffe de sa cigarette qui se consumait entre ses doigts fins. Haussant les épaules, il reporta son attention sur le classeur ouvert, en un équilibre précaire, contre son genou replié : Les paroles des chansons qu’ils devaient enregistrées ce matin au studio. Il entreprit de les relire une dernière fois. Le jeune chanteur jeta un coup d’œil à la ville, tout en repassant les mots dans sa tête, vérifiant qu’il n’avait pas de blanc sur ses parties. Satisfait, il referma le dossier bleu et l’envoya s’échouer au bout du lit.

Quelle heure pouvait-il être ? S’il se fiait à la couleur du ciel, JaeJoong dirait qu’il n’était pas loin de six heures du matin. Sa montre était restée sur le réfrigérateur où il l’avait posée pour préparer le dîner, et son portable n’avait plus de batterie ; L’appareil, qui reposait sur sa table de nuit, avait émis un léger son avant que la lumière bleutée ne disparaisse aussi soudainement qu’elle était apparue, engloutie par le noir de la chambre, qui à ce moment encore, était total.

Il y avait une odeur de tabac dans l’air à cause de sa cigarette encore allumée à sa main, maintenue entre son index et son majeur. La cendre se déversait sur ses doigts mais il n’y fit pas attention.

De toute façon, il avait eu son lot de brûlure depuis qu’il avait commencé à fumer, deux semaines auparavant. Bien sûr, personne n’en savait rien. Ou du moins, on ne l’avait pas encore coincé. Il leur était formellement interdit de fumer ou de trop boire à cause de leurs cordes vocales, leurs poumons et dieu sait quoi d’autre qui pourrait se mettre à noircir, se décomposer ou cramer.

«- Un chanteur qui fume, un leader vocal qui plus est, est une personne inconsciente qui se suicide à petit feu ! Rien de plus, rien de moins !» Lança t il sur un ton solennel.

Enfin, ça c’était le speech de bienvenu de Lee SooMan le tout puissant. Ce que JaeJoong en pensait lui, eh bien c’était qu’une taffe de temps en temps n’avait jamais tué personne. Pas à ce qu’il sache en tout cas. Mais s’il y avait bien une chose dont le jeune chanteur était sûr, c’était que tôt ou tard, l’un des gars s’en douterait, et il y avait gros à parier, que ce serait Yunho.

« -Bah ! Après tout, j’en ai rien à foutre… » Conclut il en inhalant une nouvelle bouffée de sa clope avant de l’écraser dans le cendrier en verre au milieu de ses sœurs à moitié enterrées sous les cendres grises.

Se redressant, le jeune homme se mit à genoux sur son lit, remonta les stores complètement et passa la tête par la fenêtre. Ses mains posées à plat sur le petit muret qui l’empêchait de basculer dans le vide, Jae ferma les yeux, laissant le froid matinal caresser son visage. En temps normal il n’aurait pas pu faire ça ; Passer la tête par la fenêtre quoi, à cause des folles…

« -Ok ! C’est des fans pas des folles, ‘scusez »

Bien qu’ils soient au onzième étage du bâtiment, les fol… ahem : les fans avaient tendance à trop camper devant leur domicile, jumelles en mains dans l’espoir de les apercevoir. Mais personne n’était dans la rue à cette heure-ci. Du moins pas d’hystériques qui auraient réveillé le reste du quartier avec son « JAEJOONG OPPA !!! SARANGHAEYO !!!! » Ou une autre connerie à elle ; Elles avaient de la suite dans les idées, les fans. Et quelles sacrées idées ; La semaine dernière, l’une d’elle lui avait demandé, sans délicatesse d’ailleurs, de la…mmh…dépuceler. La mâchoire du pauvre coréen avait failli rejoindre le sol, même Yoochun et Junsu, qui d’habitude se fendaient la poire en charriant leur ainé, s’étaient transformés en statues quand elle avait gueulé sa…euh « demande », devant leur van, à la sortie d’une émission. Changmin était devenu rouge tomate, on aurait dit qu’il hyper ventilait et Yunho, aidé de leurs gardes du corps, avait dû tous les pousser pour entrer dans le véhicule. Au moins, cette fille pouvait se vanter d’une chose ; Ils ne l’oublieraient pas de si tôt, c’était clair et net.

Le chanteur jeta un coup d’œil dans la rue et ne vit que d’honnêtes travailleurs se pressant pour aller là où ils devaient aller ; Des gens comme il faut, qui partaient à leur travail comme il faut, pour nourrir leur famille comme il faut, parce que c’était comme ça qu’il faillait faire, pour être des gens biens, comme il faut.

« -Et moi ? Est-ce que je suis comme il faut ? » Demanda t il à l’un d’eux, en bas. Mais évidemment, il ne reçut pas de réponse. Après tout, il n’en demandait pas. Pas qu’il s’en fichait, mais il savait déjà à quoi s’en tenir quand il s’agissait de lui. Et ça, il le devait à quelqu’un dont le tact surpassait celui d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Ça aussi, ça l’avait tenu éveillé toute la nuit ; Cet épisode psychotique, à la Dr Jekyll et Mr Hyde, dans les toilettes d’SM avec ce type dans la surface lisse du miroir qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, les cheveux mis à part. Si tant est que « type » soit le mot. Bah de toute façon, y repenser ne servait pas à grand-chose maintenant. Un « mec », blond qui plus est, qui habite dans un miroir, lui avait fait la morale ! Ma foi, ce n’était pas la fin du monde. Il avait chialé comme un gosse, tremblé comme un raté et avait fini par se reprendre. Rien de bien méchant, il aurait même réussit à se faire avaler que c’était « la routine quoi ».

Belles conneries…

Bien évidemment ce n’était pas la fin du monde, mais quand même ! Bon sang de bonsoir ! – quelle expression à la con aussi- Il s’était vu en train de se parler par le biais d’une glace collée contre un mur dans des putains de toilettes publiques ! Et il osait se dire, d’un ton désinvolte par-dessus le marché, qu’après tout, ce n’était rien qu’une petite hallucination sympa qui lui avait remis les idées en place.

« -Tu parles d’une remise en question…Faudrait vraiment être bête pour y croire ! » Se lança t il en revenant à l’intérieur.

JaeJoong se rassit dans son lit dans sa position préférée - dos contre le bois, une jambe repliée vers lui – plaquant ses deux mains sur ses joues qui le picotaient légèrement dû au changement de température ; Froid/chaud.

Quelque chose roula à côté de lui, se heurtant à sa cuisse. Il baissa les yeux entres les draps pour y découvrir une petite boite cylindrique en plastique dont la couleur orangée contrastait avec la blancheur des longs cachets qu’elle contenait. Le jeune homme s’en saisit faisant s’entrechoquer les comprimés dans le container dans un bruit mat. Il les scruta un long moment sous son regard fixe, essayant de les compter sans devoir retirer le bouchon blanc, une tache que l’étiquette pharmaceutique rendait presque impossible. Le coréen secoua le flacon, reproduisant le même bruit qui ne l’agaçait pas le moins du monde. Il en compta six, mais n’en était pas sûr. Résigné, il les étala dans sa main avant de refaire ses calculs : Il n’y en avait plus que cinq, en réalité.

Il y en avait combien déjà, au début ? Une douzaine ? Peut être. Ce petit machin entre son pouce et son index ne pouvait pas avoir contenu plus que ça, voire une quinzaine de cachets, à tout casser. A raison de deux par jour, même trois des fois, il en conclut qu’il devait se réapprovisionner, et rapidement.

« -Faut que je l’appelle. »

JaeJoong passa par-dessus le fouillis étalé sur le côté droit du lit qu’il n’utilisait quasiment jamais - comme c’était le cas de Changmin qui dormait en diagonale ; Faut croire que même les lits à deux places ça lui suffit pas -, renversant à moitié le cendrier sur les feuilles déjà souillées d’encre noir. Il chercha un moment dans le tiroir de sa table de nuit mais ne trouvant visiblement pas ce qu’il voulait, alla voir sur son bureau et en tira un long câble noir et fin au bout duquel pendouillait une prise de courant. En gros c’était le chargeur de son téléphone, qu’il s’empressa de brancher. Le portable s’alluma une trentaine de secondes, affichant le dessin d’une batterie qui se remplissait et se vidait encore et encore dans la lumière bleue. Pressant le bouton vert, JaeJoong vit s’afficher l’écran principal avec une photo de lui en fond, évidemment. Son regard accrocha l’heure : 6h30 : Yunho devait s’être levé.

Et justement, confirmant cette pensée, on frappa à la porte. Le jeune homme s’immobilisa sur place, réfléchissant à toute vitesse. Ses yeux se posèrent sur le lit et il se saisit précipitamment du cendrier.

Et merde ! Je le planque où ? Sous le lit, dans un tiroir ? Non, il le sentirait…ah merde ! Merde ! Putain JaeJoong réfléchit !

« -Joong ? T’es levé ?c’est moi ! »

Comme si je le savais pas ! Pourquoi tu crois que je suis planté comme un con au milieu de ma chambre avec un cendrier qui pue entre les mains.

N’avait il pas dit haut et fort qu’il s’en foutait que Yunho le chope en flagrant délit? Alors pourquoi paniquait-il ainsi ? JaeJoong avait soudain la désagréable impression d’être un pauvre adolescent boutonneux à deux doigts de se faire pincer par sa mère, avec sa petite collection privée – dont il est si fier - de Hentai et de magazine porno en mains.

On frappa encore.
« -Jae ? »

Il avait beau regarder partout dans sa chambre, aucune cachette ne lui semblait assez sûre. C’est là que son visage s’illumina quand son regard croisa la fenêtre toujours ouverte, qui désormais laissait passer un soleil clair. Sans plus attendre, il sauta sur le martelât et fit passer sa main par l’ouverture, abandonnant « la preuve du crime » sur le petite muret, avant de refermer la vitre.

« -JaeJoong ? J’entends du bruit, ça va ? »

La poignée tourna, mais la porte ne céda pas, se heurtant au verrou. Yunho fronça les sourcils en fixant le pommeau ; Depuis quand JaeJoong fermait il sa porte à clef ?

« -JaeJoong réponds ! » S’énerva t il, essayant d’entrer une fois de plus, tournant le bouton de porte frénétiquement.

« -Euh ouais ! Deux minutes ! » Lança l’interpelé toujours debout au milieu de sa chambre à la recherche d’autre chose.

Putain où est passé cette saloperie de vaporisateur !

Il le trouva gisant sous son bureau. Deux secondes après, la pièce empestait dieu sait quel parfum.

Tant que ça pue pas la clope …

JaeJoong prit une pleine poignée de bonbon à la fraise et les fourra dans sa bouche, mâchant les sucreries avec empressement, tout en ébouriffant ses cheveux, essayant de se composer un visage à la « chui pas réveillé, qu’est ce tu m’ veux ? ». Après un dernier coup d’œil à la chambre, il débarra la porte.

« -mmh ? » Fit il, les yeux à demi clos en passant la tête par l’ouverture. « Yunho ? Qu’est ce qu’y a ? »

Et pour que le tout soit d’une précision et d’un réalisme digne d’un oscar, JaeJoong passa une main lasse dans sa coiffure matinale.

Le leader considéra son meilleur ami un long moment, visiblement soupçonneux. L’autre sentait que son cœur allait lâcher face à cette inspection muette. Il voyait déjà Yunho le pousser pour aller directement à la fenêtre et trouver le cendrier où les cadavres d’une boite et demie de cigarette lui ferait un beau sourire. Il lui balancerait alors ses quatre vérités en face pour ensuite provoquer une réunion général à la suite de laquelle l’ambiance du groupe s’effriterait petit à petit, jusqu’à ce qu’on décide de le virer pour ramener Kangta - dont la dernière chanson laissait à désirer d’ailleurs, mais bon, ce n’était pas le sujet- ou Taebin à sa place.

Mais le jeune homme se contenta de sourire et les traits de son visage se détendirent.

« -Va te doucher, ça te réveillera ! » Lança t il en posa une main sur l’épaule de JaeJoong qui respirait enfin.
« -Ouais…Je vais faire ça je crois » Rétorqua t il, remerciant son meilleur ami – et le ciel, intérieurement - d’un faible sourire avant de commencer à refermer la porte mais le leader la bloqua de son pied.

Une sueur froide coula le long de la colonne vertébrale de JaeJoong qui se demanda pendant une seconde s’il n’avait pas crié victoire trop vite. Son regard alla du pied de Yunho, qui l’empêchait toujours de se retirer dans son antre de péchés, à son visage qu’il fut surpris de revoir complètement fermé. Il déglutit difficilement, espérant que son meilleur ami ne le remarquerait pas.

« -Autre chose ? » Demanda t il à demie voix, avant de s’éclaircir la gorge bruyamment.
«- Depuis quand est ce que tu fermes ta porte à clef ? »

Sans détour, ou peut être juste un peu, Yunho venait de poser une question à laquelle l’androgyne n’avait pas de réponse assez convaincante. Et puis, devant le regard avec lequel le leader le fixait, il lui était impossible de réfléchir de manière cohérente. Ce regard : Intense. JaeJoong était sûr de ne jamais plus se l’ôter de l’esprit ; Un mélange d’incompréhension, d’incrédulité, de réprobation et puis, le pire de tous, l’inévitable lueur de déception miroitait au milieu de ces prunelles où il se voyait suer comme un condamné à mort prêt à s’asseoir sur la chaise.

Le coréen avait cessé de respirer pendant ce bref échange où le temps avait arrêté sa course sur eux, au-dessus de cette porte face à laquelle, en silence, toute une amitié se remettait en question en un simple regard. Un rien. Et JaeJoong qui faisait corps devant sa vie dans ces yeux chocolat et ses péchés dont les murs de sa chambre étaient les uniques témoins.

« -Euh, J-Je… »

Yunho baissa les yeux. Un sourire, que JaeJoong ne sut pas déchiffrer, étira ses lèvres.

« -Non laisse, après tout, tu fais comme tu veux. Va te doucher maintenant, t’en a vraiment besoin Joong ». Et ses pas s’évanouir dans le couloir.

Quand JaeJoong ressortit de la cabine en verre, la phrase de Yunho n’avait toujours pas trouvé d’explication qui puisse apaiser l’esprit du chanteur. Inlassablement, ce maudit leitmotiv résonnait en écho dans chaque recoin de sa tête, laissant pointer une migraine qui le collerait sûrement pour la journée.

T’en a vraiment besoin Joong…

« - Argh Yunho, toi et tes foutus sous entendu à la con ! » S’énerva JaeJoong en essuyant la buée sur la glace de la salle de bain. « Tsss, ça me réussit pas les insomnies… »Constata t il en passant une main sur ses joues, se regardant sous tous les profils.

Il se saisit du petit flacon orange qu’il avait pris soin de prendre avec lui, et en sortit deux comprimés blancs, d’une texture rêche, un peu comme de la vieille craie. Il les observa un moment avant de les gober d’une traite, sans même avoir besoin d’un verre d’eau. JaeJoong fit s’entrechoquer les trois autres qui restaient dans le container ; Oui, il fallait qu’il l’appelle d’urgence.

« -Et que je me prenne des somnifères à l’occasion, ça serait pas du luxe. »

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Prologue

La première chose que vos yeux voient est une salle tapissée de rouge bordeaux et de noir, dans un décor majestueusement baroque, singulièrement élégant avec sa touche de gothique le long des bougeoirs et des cadres des miroirs. Un salon enfumé de ceux que seuls les esprits pénétraient jadis, se livrant aux plaisirs des mots, à l’ivresse que seules l’absinthe et la littérature procurent, tout cela enrobé des parfums piquants du tabac que fumaient avec délectation ces hommes du monde. Votre regard se pose immanquable sur elle. Si envoûtante dans son mystère, sa silhouette attire et captive. Elle attend, mi assise mi couchée sur une méridienne au décor tracé de lignes qui s’entrelacent à s’y perdre. Sa chevelure embrun descend en cascade le long de ses épaules nues. Sa poitrine blanche, compressée dans un corsage mauve sous une robe blanche, se soulève lentement à sa respiration. Elle ne sourit pas et pourtant dans ses yeux couleur encre, se miroite toute l’ironie de vous voir en ses lieux.

« Vous voilà donc. Prenez un siège » Sa voix résonne dans le silence et vous vous sentez frissonner. Il est doux mais pourtant si froid ce son qui s’échappe d’entre ses lèvres généreusement rouge. « Bien, il était grand temps que vous arriviez. Mon ennui, si je n’étais pas déjà morte, m’aurait achevé très cher ». Ses yeux transperceraient de la glace ; Voici votre seule pensée à peu près cohérente. Sa présence vous obnubile au point de sceller vos lèvres.

« Vous ne semblez pas étonné, bien, j’en aurais été vexée. Vous êtes là pour eux n’est ce pas… Ces fameux princes de la nuit que les légendes semblent avoir oubliés mais dont je porte encore le souvenir. L’un d’eux m’a fait le saviez vous ? Il m’a même rebaptisée. C’était le plus séducteur des cinq, j’en fus amoureuse, ou peut être, le suis-je encore…Cela n’a pas plus vraiment d’importance vous en conviendrez ».

Se redressant elle prend une longue cigarette entre ses doigts fins et instinctivement vous lui offrez du feu. Des volutes grisâtres s’évadent d’entre ses lèvres avec sensualité. Tout en elle n’est que concupiscence et invitation au plaisir. Mais elle reste intouchable. « J’ai une question à vous poser avant de vous livrer le récit que vous brûlez tant de connaître. J’avoue que la réponse ne m’est pas inconnue mais je préférerai l’entendre de votre bouche ; Pourquoi eux ? ».

Seul le silence lui répond. Vous réfléchissez, bien que la réponse soit déjà claire dans votre esprit ; parce que, justement, ce sont eux. Ces cinq damnés qui n’avaient rien de commun avec les autres et dont le souvenir est tabou entre les rangs de leur race. Ils étaient ensemble et plus puissants que nul autre. Au sommet de tout et de tous, ils avaient su garder distance sans faire offense. Leur histoire fascine et hante ceux qui s’aventurent à pénétrer le passé. Et cette femme, si mystérieuse dans ses secrets enflamme davantage les esprits désireux de savoir enfin pourquoi, et surtout, comment.

« Je comprends. Vous me livrerez votre réponse à la fin de mon récit dans ce cas. Votre poignet je vous prie. »

Sa bouche s’approche dangereusement des veines palpitantes. Votre pouls s’accélère, votre souffle se coupe tandis qu’elle dépose ses lèvres pourpre sur votre peau qui frissonne à ce contact glacial. Ses yeux se ferment mais vous ne pouvez vous résoudre à clore les votre ; Cette scène vous en avez rêvé, vous l’avez désirée, vous l’avez imaginée des centaines de fois mais cela n’a rien de comparable à l’instant présent. Votre poignet se crispe sous ses canines. Elle prend son temps et de sa langue caresse langoureusement la chair transparente avant de, finalement, infliger sa morsure que vous sentez à peine.

Une fraction de seconde. La douleur prend vite des aspects d’orgasme languissant qui s’éparpille dans chaque cellule de votre corps tandis que la damnée aspire le pourpre vital. Vos yeux se ferment sous la vague de plaisir. Tête renversée en arrière, la minute qui défile tient plus de l’heure qui passe. Enfin elle se redresse, le rouge aux lèvres. Sa langue vient chercher la gouttelette au coin de sa bouche, et elle sourit enfin, satisfaite.

« Hmm…Vous goûtez l’audace et une pincée d’impatience! Mon mélange préféré. Dommage que je doive m’arrêter là » Elle semble déçue, mais continue quand même, « Bien. Maintenant ouvrez votre bouche, et tirez la langue ».

D’un geste vif, elle se saisit de l’infime longue aiguille qui se trouve au milieu des cigarettes blanches, dans l’étui en or, et la presse contre son index. Bientôt, une goutte vermeille naît sur la peau blanche ; On jurerait voir une perle ambrée, aux reflets fascinants. L’être de la nuit la pose sur votre langue et scelle d’un baiser vos lèvres désormais closes. « Avalez »

Ainsi vous faites. Presque immédiatement, une sensation de vertige fulgurante vous saisit. Elle parle, mais sa voix est comme étouffée par un voile de brouillard, le même qui doucement embrasse votre vision. « Ce que vous verrez, ce que vous ressentirez n’est pas réel, ne l’oubliez pas. N’espérez pas changer une destinée gravée dans le temps, personne n’y arrivera jamais. Vous êtes spectateur de ce que lui m’a transmis, de ce que j’ai perçu moi-même et de quelque bride de mémoire de l’ensemble des cinq. Pour revenir, il suffira de répéter mon nom. Maintenant, dites le, et vous vous en irez pour le temps qui vous siéra. »

Etrangement la dernière information pénètre distinctement dans votre esprit embrumé et votre voix résonne en un son rauque et lointain, répétant telle une litanie ce nom qu’est le sien : « Heaven… Hea...ven… »

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Chapitre I

La nuit se reposait oisivement sur Londres endormie. De sa voix pâle et rauque elle soupira, lasse d’ennui. La lune ne brillait pas de son éclat joyeux, laissant le ciel à la libre envie des nuages qui lourdement flottaient sur le noir firmament, obscurcissant davantage son humeur.

« Je me sens l’âme vide » Ainsi s’exclama le soir dans sa déprime insistante.
« Je ne te savais pas une âme » lui répondit-on.

La flammèche de la bougie qui se mourrait lentement dans son socle, au sommet du réverbère de la rue déserte oscilla faiblement, jetant sa lumière blafarde sur un visage d’une pâleur fantomatique. Ses paupières étaient closes, savourant sans doute de mystérieuses pensées qui étiraient ses lèvres outrageusement rouges en un sourire narquois.

« Que fais tu ici mon ami, le « Quills » auraient il prit congé de son plus fidèle client ? » Se moqua l’autre, faisant résonner ses talons sur les dalles froides de la ruelle. Ses yeux d’un noir profond miroitaient de toute la moquerie dont sa phrase était peinte tandis que sa bouche s’étirait discrètement dévoilant tout l’amusement que son interlocuteur lui procurait.
« Il me semble, mon ami, que cela ne te regarde en rien » Répliqua l’autre, ne daignant pas lui accorder un regard. « Toi, par contre, je devine que Margareth ne te refuse plus son lit, je puis sentir son parfum sur chaque parcelle de ton corps. Tu empestes l’amour, c’en est suffoquant. »
« Vraiment ? » S’enquit l’individu, amusé. Puis, portant une main à son nez, il huma délicatement le revers de la manche du costume noir.
« Oui, vraiment. »

Sans une réplique de plus, il lui tourna le dos, s’estompant en silence en fur et à mesure qu’il s’enfonçait plus profondément dans les méandres de la ville.

Londres et ses nuits brumeuses finissaient toujours par le mener là où il s’assurait pourtant de ne plus jamais échouer. Mais voilà. Cette nuit aussi n’était visiblement pas encline à le laisser échapper. La porte s’ouvrit avec un grincement lugubre, comme si l’endroit se riait de sa victoire sur le fier personnage. La lumière lui fit mal aux yeux pendant un instant puis la senteur délicatement piquante de l’opium l’enveloppa, entrainant son corps, faute d’âme, à pénétrer dans le lieu de perdition où l’inconscient prend possession du corps pour en faire son œuvre.

Un cirrus bleuté flottait voluptueusement sur la salle aux murs voilés de tentures de satin noirs et rouges. Au fond on pouvait distinctement apercevoir, même sans le vouloir, un dragon pourpre dont la tête était dirigée vers le bas, signe de déshonneur, signe de péché. Ses yeux fixent semble défier l’imprudente âme qui ose s’avancer en ce lieu. Les mêmes âmes dont les corps à premier abord sans vie, échoués de par et d’autres de la salle principale. Le « Quills » son havre de paix.

A cette pensées les lèvres du jeune homme s’éprirent d’un sourire désabusé ; havre de paix…que cela sonne faux et imperceptiblement vrai…

Sans attendre qu’on s’occupe de sa personne, il se perdit dans un dédale de couloirs pour promptement échouer devant la toute dernière salle. Son salon privé. Il n’était pas vraiment privé mais quand lui était là, l’endroit le devenait assurément ne tolérant l’accès qu’à nul autre que la maîtresse de maison et quatre autres privilégiés.

Las, il se laissa tomber sur la méridienne au cousin moelleux et ayant clos ses paupières, il tendit une main dans le vide où bien vite on y déposa une pipe au parfum âcre. Portant l’objet à ses lèvres il aspira, s’abandonnant entièrement aux effluves de la drogue.

Mais plus que le plaisir éphémère de l’illusion psychédélique pâlissante d’un bien être plus frustrant que libérant, l’absinthe était définitivement son amie la plus fidèle. Celle qui seule le comprenait, qui seule l’emprisonnait loin du poids de la mémoire, du poids de la mort et du toujours. Il ne connaissait de la vie que la nuit, et aurait tout donné pour ne serait ce qu’un infime aperçu de la magnificence d’une aube éclatante de vie.

Le tintement de la petite cuillère en fer sur le rebord du verre en cristal suffit à lui faire ouvrir les yeux. D’un geste de sa part, la vieille chinoise se retira laissant la bouteille, le paquet d’allumettes et le sucrier en porcelaine à sa disposition. Se redressant, le jeune homme en fin buveur qu’il était assurément, déposa délicatement un morceau de sucre sur la cuillère et craqua une allumette dont la flamme dansa devant ses yeux vides, avant d’aller brûler jusqu’à le fondre, le morceau blanc dans une soudaine flamme bleuté. Le liquide sucré s’égoutta rapidement dans le verre, allant rejoindre la liqueur amère. Finalement, il laissa tomber l’ustensile dans le cristal puis remua le tout.

Tout un rituel pour tout un plaisir. Prenant le temps de savourer l’eau verte, qu’il aurait volontiers qualifiée de sacrée, il offrit le verre à son odorat avant de la faire goûter à son palais. Tous ses sens étaient en éveille. Il se sentait presque…en vie.

« Je vois que ta chère et tendre se consume sur tes lèvres. Dérangerai-je ? » Résonna une voix au timbre profondément chaud.
« Pourquoi dispenser de ta salive a demandé des choses que tu sais déjà… Michaël» Lui répondit le buveur.

Il leva les yeux vers ce qu’on pouvait appeler son ami. Du moins, dans une certaine mesure.

« Vrai, vrai. Tu me pardonneras de ne pas te joindre, rien ne me fait plus horreur que cette verte dont tu ne semble plus pouvoir te séparer. Sans te vouloir offense Jae, tes goûts, mon ami, sont empreints d’une monotonie lassante ces dernières décennies. » Commenta le jeune homme, prenant place dans un fauteuil aux mêmes tons que l’endroit: Rouge et Noir, comme l’un des plus grands romans du siècle lumineux, et à l’image de leur monde à eux. Noir et rouge, les seuls couleurs d’un arc-en-ciel sombrement sanglant.

« Tu trouves ? Il faut croire que même le plus parfait des êtres a droit à ses moments de médiocrité. »
« Je ne nous vois point comme étant des êtres parfaits. Bien au contraire, la perfection est bien la dernière chose dont nous pouvons nous flatter»
« Maxwell, toujours aussi aimable envers tes semblables. » S’amusa Michaël observant le nouvel arrivant prendre place au côté de Jae qui se délectait littéralement de sa liqueur, ayant visiblement oublié l’opium dont l’odeur se diffusait dans la pièce.
« Max suffira, Micky » Grinça le plus jeune des trois.
« Ta manie des raccourcis n’est pas une chose que j’apprécie, alors cela restera Maxwell puisque Maxwell tu te nomme » Rétorqua l’autre, toujours aussi ravi de voir Max se mettre en colère pour si peu.
« Que tu peux être agaçant quand tu t’y mets… »
« Bien le bonsoir messieurs, c’est avec plaisir que je constate que nous sommes tous si unis » Vibra d’ironie une voix fluette.

Réduisant de quelques enjambés la distance entre lui et la table basse sur laquelle reposait le cristal désormais vide de toute goutte de la bleue, il tendit la main vers la pipe d’opium, n’ayant visiblement pas la patience du rituel de l’absinthe. Aspirant une longue bouffée, il reposa l’objet sur la table fronçant légèrement les sourcils.

« Humm quel délice. Comme a ton habitude, tu délaisse un si doux nuage de saveur pour cette chose affreusement amère. J’aurais beau y déversé tout le sucrier, cela resterait toujours aussi intolérablement âpre »
« Ta délicatesse se manifeste jusqu’à tes papilles Xiah » S’exclama une voix à l’embrasure de la porte.

Jae roula des yeux. « Je vois que nous sommes tous là. Merci de nous rejoindre enfin U Know»
« Tu devrais te décider à changer de nom ! » Soupira Max visiblement ennuyé.
« Mon cher Maxwell, tu ne sais pas l’effet que ce nom provoque chez les demoiselles d’ici bas. Alors cesse ta litanie cela devient lassant » Sourit le jeune homme. « Quant à toi ! » Poursuivit-il en accusant Jae du doigt. « Ne croit point que je te pardonne si facilement de m’avoir pour ainsi dire abandonner dans cette sombre ruelle. »
« Me laisserais tu entendre que tu as pris peur ! Pauvre chose sans défense que tu es… » Grimaça Jae en enflammant un autre morceau de sucre.
U Know sembla réfléchir pendant un instant. « Non. Par contre j’ai eu tout loisir de croiser une de nos vieilles connaissance : Roslow est en ville mes amis.» annonça t il d’un ton faussement enjoué.

Les mines s’assombrirent à l’entente du nom qu’ils avaient cru plongé dans l’oublie pour quelques temps.

« T’aurait il vu ? » Question Xiah

Son ami lui adressa un regard signifiant clairement le fond de sa pensée.

« Tu m’excuseras, mais après une telle annonce, c’est la première chose qui me soit venue à l’esprit»
« Nous en avions bien besoin ! » S’écria Max une fois l’information assimilée. « Cet homme est décidément pire que la peste noire»
« Grand bien lui fasse. » Lança Micky. « Il parait que les journées sont particulièrement ensoleillées à cette époque de l’année. »

Les autres le regardèrent comme s’il avait définitivement perdu l’esprit. Jae prit une gorgée de son éternelle eau émeraude. Ainsi donc il était à Londres, il arrivait définitivement plus tôt qu’escompté.

« Croyez vous qu’il nous sait ici ? » Interrogea Max interrompant les méditations de chacun.
« Le personnage est certes doté d’une certaine intelligence supérieur à la moyenne mais de là à penser qu’il ait suivit notre trace jusqu’ici, il me semble que ce serait lui donner une valeur qu’il n’a certainement pas » Répondit Micky, renversant sa tête sur le dossier du fauteuil.
« N’oublie pas qu’il a approché son but la dernière fois. » Jugea bon de rappeler U Know, se faisant fusiller du regard par Xiah.

Le silence se posa sur eux encore une fois se mêlant à une soudaine tension presque palpable.

« Faites profil bas, comme toujours.» Déclara Jae. Et Xiah, j’espère pour toi que le léger l’incident de Paris ne surviendra plus. » Finit il en jetant un regard entendu au jeune homme qui perdit définitivement son sourire.
« Non, bien sûr que non… » Marmonna t il en baissant les yeux vers le sol.
« Bien. »

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Chapitre II

Je plains ceux qui,
Ne tenant pas un journal intime,
N’ont aucune raison de noter
Ce qu'ils auraient intérêt à oublier.

-Philippe Bouvard

Paris, Janvier 1888

Que l’éternité semble longue….

…Pourquoi est-ce que j’use mon temps à poursuivre ces écrits dont le début m’échappe et la fin me nargue. Ce journal pourrait aisément me nuire à tomber entre des mains malintentionnées. Pourtant je continue à noter mes journées qui se suivent pour se ressembler inexorablement. Similaires même sans l’être, voilà ce qu’on appelle les tourments de l’infinité.

Je dois avouer que je m’inquiète ces temps-ci. Cela n’arrange certes pas mon humeur mais au moins, cela me change. Mes soucis portent un nom : Xiah.

Les nuits se suivent et lui s’enfuit. Il a beau le farder de ses sourires légers, je perçois distinctement ses pensées troublées, son anxiété pressée et son soudain penchant pour le brandy le plus pur. La délicatesse de l’ami laisse peu à peu place à l’imprévisibilité de l’inconnu qui se reflète dans son regard continuellement lointain.

Je devrais le suivre de temps à autre et sonder le secret cruellement menaçant de ses nuits d’évasion. Ce nœud en ma gorge que même l'absinthe non distillée n’a su défaire, me fait craindre d’obscurs desseins.

Paris, Février 1888

Je l’ai suivi. Rompant le pacte de nos sangs, je l’ai suivi jusqu’à son sanctuaire de perdition. Moi en qui il avait foi je l’ai suivi, trahissant son amitié et lui en qui ma foi se perdait m’a montré l’illusion de mes opinions sur sa personne. Voici donc pourquoi l’on se doit de se tenir à l’écart des affaires de ses amis ; la déception de ce qu’on y trouve n’a d’égale qu’un coup de poignard jusqu’à l’âme.

Nous étions encore à flâner merveilleusement bien installés sur les peut être trop agréables fauteuils du salon privé que nous occupions dans un quelconque établissement de bonne renommée ; le changement est un privilège que nous nous accordions librement. Michaël à son piano et Max perdu dans un livre, il ne restait que U-Know avec qui converser. Et je n’étais pas vraiment enclin à converser. Je me levai donc, exprimant l’envie de prendre l’air pour quelque secondes, et m’éclipsai dans la nuit froide des rues encore animées. C’est là que je le vis. Au fond, je n’étais pas dehors pour l’air, je pressentais sa rencontre ; L’un de ces dons qu’on qualifie d’obscures pour leur penchant à se manifester dans les instants où on les voudrait muets.

Ses pas rapides claquaient contre les dalles accompagnant sa hâte d’une mélodie agaçante dont il ne semblait pas le moins du monde conscient. Je compris alors que son empressement était tout sauf dû à son retard à nous rejoindre. Impatience grandissante et anticipée, à peine voulue et savourée ; Il aimait ce sentiment de danger que lui procure cet acte qu’il sait interdit mais dont il persiste la répétition depuis un mois.

Dans un bruissement à peine perceptible de ma cape, je le talonnai donc. Pas après pas, halte après halte, j’aurais aisément pu passer pour son ombre pendant les quelques minutes qui défilèrent au rythme de notre marche. Nous quittâmes le luxe agréablement parfumé pour la pauvreté pestilentielle de la populace. Rien de plus dégradant. Je m’étonnai de le voir ici bas alors que sa répugnance à se servir d’un verre à peine effleuré par un domestique le rendait irritable pendant les heures à venir.

Il s’engouffra dans une taverne à la façade repoussante, comme avalé par la crasse de l’établissement.

A cet instant je me dis que j’étais sans doute allé trop loin dans ma traque silencieuse. Une fois le secret de ses escapades percé que ferais-je alors ? Le confronter et me déclarer ainsi, aux yeux de tous, ami indigne de leur confiance qui a eu l’audace de suivre l’un des notre, me rabaissant au rang d’un vulgaire détrousseur. Jamais.
…Néanmoins, pour ma satisfaction personnelle et comme remède à mon monde de déjà vu, je fis fi de toutes mes résolutions éphémères d’amitié consciencieuse et entrai à sa suite.

Je peux encore, rien qu’en fermant les yeux, sentir cette puanteur qui assiégeait l’endroit rendant l’air lourd, écrasant, oppressant. L’envie de vomir me prit tandis que mon regard cherchait la silhouette familière dans la pénombre partielle de la pièce. Nulle part. Je ne le vit nulle part.

Paris, Mars 1888

Que l’imprudence du regret de l’inachevé est tyrannique. J’aurai dû le chercher. J’ai repris le chemin du « Duchesse » sans plus d’effort pour le retrouver dans le faible éclairage aveuglant du lieu de débauche.
…J’aurais dû, oui, j’aurais dû.
Mais je ne l’ai pas fait et à présent les conséquences sont irréversiblement fatales...

Il ne manquait que lui dans le salon de la chambre que nous avions retenue pour la nuit. D’un accord presque commun, la décision de dîner ensemble avait été prise. Diner ; Que ce mot résonne d’humanité…Il n’en est rien.

J’avoue que je ne suis pas particulièrement friand de ce procédé. Mais n’ayant pas le cœur à sillonner les ruelles sombres de Paris en ce soir pluvieux, je ne suivis donc pas Max quand il se retira, nous souhaitant une agréable soirée d’un regard dégouté. Il faut dire que le plus jeune d’entre nous est sans nul doute le plus respectueux du « protocole » ; un ramassis de règles qu’il se fait honneur et devoir de suivre, que nous autres avons fait mine d’oublier depuis longtemps.

Michaël à son éternelle partition inachevée et moi à mon ennui inaltérable, U-Know passa la porte en compagnie de deux créatures outrageusement peinturlurées. Le rire dérangeant et déjà à moitié ivre, elles chancelaient au bras de celui qui les avait sans doute gracieusement payées pour le suivre. U-Know jubilait. Je le voyais à ses yeux qui brillaient d’envie, de luxure. Je le sentais à sa voix devenue légèrement plus rauque. Je me sais le seul capable de percevoir ces changements chez mes frères. Je ne m’en vante pas pour autant mais pour ce qui est de U-Know, il est vrai que notre passé commun m’a instruit bien des choses sur le personnage ; Nous sommes allés plus loin que le stade de la simple amitié innocente mais nous ne le sommes plus ; Amants je veux dire. Toutefois, cela n’affecte en rien mes aptitudes à percevoir ses désirs quand ils se manifestent. Bien avant que lui n’en soit complètement conscient.

Les « demoiselles » s’affalaient entre les coussins, s’esclaffant sans raison apparente. Leurs toilettes bien que soignées, empestaient le Paris pauvre et la fornication à m’en faire vomir. Mais la faim se faisait plus présente. De toute façon, qu’elles fussent issues de la misère nous convenait davantage ; Personne ne poserait de question à la disparition de quelques putains sans le sou et leur maquereau aurait vite fait de les remplacer. Ce n’est pas les filles de joies qui se font rare même dans un siècle où on clame avoir trouvé la lumière.

Les notes légères de la mélodie de Michaël flottent dans l’air. Cela emplit la pièce mais n’étouffe pas pour autant la conversation de U Know et sa charmante compagnie. Notez mon ironie. Parlons un peu de mon ancien amant, j’aurais assez de mon temps pour relater ce qui est advenu de nous quand ce cher Xiah a fait une entrée des plus fracassantes. U Know ; Je ne citerai pas son passé mais m’étalerai plus sur sa façon de « chasser ».

C’est un séducteur, néanmoins pas de la même manière que l’est Xiah. Lui préfère converser des heures, poussant ses victimes à révéler leurs secrets les plus intimes, à s’ouvrir à lui comme on se confesserait le dimanche, les mains jointes, les yeux baissés dans une gêne pieuse. C’est ainsi qu’il agit. C’est ainsi qu’il prend tout son plaisir. Découvrir et connaitre, pour tuer et ruiner des vies qu’il garde en mémoire comme l’on collectionnerait des papillons desséchés. Macabre et malsain que ceci qu’il nomme son « art ». Cela l’est peut être…Qui suis-je pour le juger ?

« Monseigneur ! C’que v’z’avez comme talent ! Vot’ musique ne manque point de grâce je le jure sur la tête de ma pauvre mère ! C’est vous dire ! J’n’ai jamais entendu pareil son ! » S’exclama la rouquine des deux.

Sa voix, haut perchée, m’arracha un rictus. Se dandinant d’une jambe à l’autre elle semblait exécuter ce qui se rapprochait d’une valse…ou titubait-elle simplement ? Quoiqu’il en soit, elle alla écraser sa poitrine généreuse plus que raison sur le piano noir. Dans une grimace qui la rendait plus laide que nature, elle se donna un air de parfaite écoute et de compréhension infinie de la mélodie. Pathétique…

Mick lui adressa un sourire qui se voulait poli. Je le sais amusé de l’attitude caricaturale de la jeune femme. Il poursuivit son touché des notes d’ivoires ne la quittant pas du regard. Entre deux accords, le pianiste se saisit d’une main aux ongles rongés et sous l’émerveillement de la donzelle, lui baise la paume comme on effleurerait des lèvres une rose.

Une rose…voici l’exacte image que donne Michaël à ses victimes. Une rose dont la couleur et le parfum n’est su que de lui et lui seul. Il prend le temps de les humer, de les mémoriser pour en faire une partie intégrale de son être, de son œuvre ; sa musique. Chaque partition qu’il compose est un ensemble de roses dont il a pris soin de cueillir l’essence de ses lèvres. Il me revient un jour où il m’a parlé de la présence d’une mélodie dans chacune de ses proies. C’était, toujours selon lui, les battements de leurs cœurs qui faisaient vibrer leurs âmes de symphonies qu’il était certainement seul à ouïr.

Je m’admets un penchant pour sa façon de procéder. Il est bien le seul à agir de la sorte, percevant des choses que mes dons impénétrables ne me concèdent guère. Ceci n’est point de l’envie, je me sais incapable d’offrir quelque forme de considération déplacée pour mes proies. A mes yeux, ce ne sont que des êtres auxquels seul le tiraillement du besoin primal me lie.

De cette même main dont il retire sa bouche, il la fait asseoir à ses côtés sur le tabouret au coussin de velours. Elle s’exécute, riant à en briser le cristal que j’ai pris soin de vider avant leur arrivée. Michaël poursuit sa partition d’une seule main. De l’autre, il guide le poignet de la jeune femme à ses lèvres à nouveau, cette fois-ci elle ferme les yeux sous la caresse du souffle du pianiste sur la peau blanche, transparente à cet endroit. Son regard s’attarde sur les veines palpitantes et je sus qu’il y voyait une autre rose. Enfin, comme on découperait la tige, scellant le destin de la fleur, il pose ses lèvres en un baiser froid et puis…la rose se fane, comme ses sœurs avant elle.

Je m’en retourne enfin vers U-Know qui continue de parler à n’en plus finir. Mon regard, qu’il croise, lui fit comprendre que je n’étais plus disposé à attendre. Il mit fin alors à la conversation avec la jeune femme qui ne cacha point sa déception. Cela fut rapide ; S’il y a bien une chose que je partage avec U-Know, c’est bien notre répugnance à prendre notre temps une fois l’amusement tari.

Se défaire des corps est chose relativement aisée. Il suffit de les abandonner aux ténèbres d’une quelconque ruelle, ou de les jeter à la Seine qui les tire en ses profondeurs sales. C’est cette dernière option que nous choisîmes. U Know et Mick s’en chargèrent, tandis que je restai à préparer mon élixir vert en guise de … dessert dirons-nous.
Et puis le cours de la soirée reprit : Michaël à son éternelle partition inachevée, moi à mon ennui inaltérable et U-Know qui me narre la vie de cette gueuse dont il a pris soin de récolter les souvenirs pénibles d’une vie misérable dès ses premiers cris de nourrisson poisseux. C’est ce tableau que vint troubler Xiah dans un état d’affolement effrayé. Le regard égaré, les membres tremblants, il semblait être sur le point de s’affaler sur le tapis persan. Mais ce qui nous frappa, bien avant tous ces signes, fut ce qui souillait ses mains, sa chemise, son visage ; Du pourpre à nous enivrer l’esprit, à faire délirer nos sens.

« …Je l’ai tué… »

Ce fut l’unique chose qu’il hoqueta avant de s’effondrer à terre, son visage pâle baigné de larmes vermeil. Du sang, du sang…du sang.

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24 septembre 2007

Prologue

« Bonjour ! Nous sommes le Lundi 16 janvier ! La température est de cinq degrés alors n’oubliez pas de sortir couvert ! Je vous rappelle que vous êtes sur les ondes de HZK9 merci de votre fidélité ! Nous enchaînons donc avec le nouveau tube de Ta… »

- TA GUEULE ! s’exclama une voix émergeante des landes du sommeil.

Elle fut rapidement suivie par un bruit métallique puis celui du craquement morbide du pauvre radio réveil qui venait de rendre l’âme sur le sol froid de la chambre aux murs verts.

Le jeune homme se redressa péniblement sur son lit, jetant un coup d’œil à l’appareil qui gisait près de ses pantoufles

- Et voilà ! Le quatrième en trois semaines ! Soupira t il en se laissant tomber lourdement contre les oreillers. AIE !

Il se massa le crâne en insultant le montant du lit qui, selon lui, n’avait rien à faire derrière lui. Péniblement, il se leva, se dirigeant lentement vers la salle de bain et se regarda dans le miroir.

- Sale tête….Lança t il à son reflet

Ne s’attendant pas à recevoir une quelconque réponse, il se dirigea vers la cabine de douche.

- Bonjour mon cœur ! Dit une voix enjouée quand il entra dans la cuisine.
- Ah tu t’en vas déjà ? s’exclama t il en remarquant la tenu de travail que portait la jeune femme.
- Oui je dois y aller, l’avion part dans un quart d’heure et ils veulent absolument que je fasse partie de ce vol.
- Tu rentres quand ?
- Dans deux semaine grand maximum.

Il soupira en se prenant une tasse de café noir fumant. Il n’aimait décidément pas le nouvel emploie du temps qu’elle avait.

- S’il te plait Shao essaye de comprendre ! S’il ne tenait qu’à moi, j’aurais pris un boulot dans l’aéroport mais ils ne veulent rien entendre !
- Je sais…c’est juste que tu vas me manquer.
- Oh ! Dit elle, attendrit en allant se réfugier entre ses bras.
- Deux semaines c’est tout !
- Je te le promets mon cœur.

Elle déposa ses lèvres sur celle du jeune homme pendant un court moment, quand le bruit d’un klaxon les interrompit

- Je dois y aller. Dit elle, ses lèvres toujours près de celle de Shaolan

Il la lâcha à contre cœur et elle se précipita vers la sortie, après lui avoir déposé un rapide baiser sur la joue.

Shaolan se posa à la fenêtre où il la vit mettre sa valise dans le coffre du taxi jaune. Elle se retourna vers l’immeuble, l’apercevant à la vitre et lui adressa un sourire désolé, puis elle monta dans la voiture qui démarra aussitôt. Il soupira et s’éloigna des rideaux, reposant la tasse encore pleine du liquide chaud sur le comptoir de la cuisine.

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Chapitre I : An Almost Normal Day

Shaolan soupira pour la énième fois. Décidément ce n’était pas sa journée. Il osa un regard vers le rétroviseur et sa mine s’assombrie davantage ; une marrée de voiture derrière, une autre devant.

- Foutue ville ! Va vivre à New York mon fils, ça te changera les idées et tu pourras t’occuper des affaires que nous avons là bas, qu’elle disait ! Je voudrais bien l’y voir moi ! S’exclama t il en allumant la radio.

Shaolan éclata de rire malgré lui en entendant les paroles de la chanson qui jouait sur les ondes. Un rire amer, un rire sans une once de joie. Il posa sa tête contre le volant et regarda sa main droite où brillait une alliance en or.

La situation que relatait la chanson qui finissait à la radio lui faisait penser aux innombrables disputes qu’ils avaient depuis leur mariage. Deux ans. Il lui semblait pourtant que cela faisait des siècles qu’il avait fait sa demande dans ce petit restaurant japonais.

Mais seulement deux ans avaient passés, deux ans de « je t’aime, moi non plus », deux années passées à mentir aux autres en leur affichant un couple au comble du bonheur et de la quiétude. Ils en étaient arrivés à se mentir entre eux, avec les « chéris » dit d’un accent forcé et les « je t’aime » aussi rare que les embouteillages étaient continuels dans la ville.

Alors pourquoi ne pas divorcé ? Après tout il n’avait que 25 ans et pas encore d’enfant que cette séparation pourrait bouleverser. Elle ne l’aimait pas, lui non plus cela ne servirait à rien de maintenir une relation qui leur empoisonnait la vie autant à lui qu’à elle.

Shaolan releva la tête et se surprit à avoir le tournis. Trop vite. Il ferma les yeux un moment et l’image de sa femme se forma sous ses paupières closes ; Lya…

- Deux semaines maximum…

Il sourit amèrement ; cela faisait un mois qu’elle était partie maintenant. Avec la petite scène du couple parfait qu’ils avaient joué avant le départ de la jeune femme il avait eu la prétention d’espérer qu’elle tiendrait parole et que, à son retour, ils pourraient s’expliquer et essayer de sauver les meubles mais elle n’avait même pas daigné lui passé un coup de téléphone.

Quelle vie ! Et quelle ville ! Encore une heure à attendre dans le trafic pour finalement ne pas en sortir. Il n’avait dû avancer que de quelques centimètres et le fait de penser à Lya le rendait encore plus exécrable. Sans vraiment savoir pourquoi il sortit de sa voiture et rajustant les pans de son manteau, il se dirigea vers la première ruelle qu’il trouva et s’engouffra dans celle-ci.

Il marcha, marcha, marcha encore et encore sans but précis. Il voulait juste fuir le plus loin possible de cette voiture, espérant ainsi fuir les pensées qui l’assaillaient dans le véhicule.

Puis il s’arrêta aussi soudainement qu’il était sorti de sa voiture et leva la tête vers une enseigne en bois, dont la peinture se craquelait par endroit, qui laissait voir la moitié d’une inscription en blanc, sur le fond anciennement vert bouteille.

- Fea…lut il en plissant les yeux.

Mais le reste resta un mystère pour le jeune homme qui n’insista pas. La vitrine de la petite boutique était toujours intacte bien qu’elle ne laissait rien voir de ce qu’il y avait à l’intérieur. Curieux de nature, le jeune homme se dirigea vers la porte et fut surpris, en tournant la poignée, de voir la porte s’ouvrir dans un grincement morbide suivit de très près par une petit « dring » aigu.

Levant la tête Shaolan vit une petite clochette en argent qui tintait joyeusement au dessus de sa tête. Il entra. Devant lui se dressait une petite pièce vide de tout mise à part l’épaisse poussière qui s’attardait sur les étagères des bibliothèques vident de leur vrai occupants.

- Oh une ancienne librairie. Dit-il en se dirigeant vers ce qui devait être le comptoir.

La pièce était faiblement éclairée par les quelques rayons qui réussissaient à se faufilait parmi la saleté qui ornait les vitres des fenêtres et de la vitrine. Sur le comptoir en bois, une sonnette, semblable à celle que les hôtels possédaient à la réception, était posée docilement. Shaolan posa sa main dessus et un « dring » plus grave que celui de la porte retentit en écho dans la boutique.

- J’arrive ! Cria une voix qui le fit sursauter.

Aussitôt, une vieille femme apparut derrière le comptoir et lui adressa un sourire bienveillant en le regardant par-dessus de petite lunette.

- Puis je vous aider jeune homme ? Demanda t elle d’une voix douce.
- Je…je passais et je suis entré je ne savais pas que…la boutique marche encore ? s’étonna t il

La vieille femme rit doucement devant l’air perdu du jeune homme.

- Non, sinon je pense que j’aurais fait le ménage. Voyez comme c’est sale ici mais j’y reste, puisque je n’ai nulle part où aller.
- Vous habitez ici ?
- Oui et non disons que c’est ici qu’est ma place, en attendant que mon heure soit venue.
- Vous n’avez pas de famille ? pas d’amis qui pourraient prendre soin de vous ?
- Merci de vous inquiéter mais je ne peux aller chez personne. Pas tant que mon travail ne sera pas accomplie.

Il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire par là mais n’insista pas.

- Pourquoi vous avez fermé ? Demanda t il enfin.
- Les gens de cette époque n’aime plus beaucoup lire il faut l’avouer, la télévision a remplacé les moments magiques que ceux de mon époque passaient entre les pages d’un bon livre.

Elle avait parlé d’une voix teintée de mélancolie, mais bien vite elle retrouva son sourire paisible et regarda Shaolan qui buvait ses paroles ; Il aimait les livres depuis toujours et sa manie de se plonger dans l’un d’eux durant des heures avait tendance à irriter sa compagne. Elle ne comprenait pas comment quelqu’un pouvait rester des heures à lires des mots et y trouver du plaisir. La définition du plaisir pour elle était dans une fête où l’alcool coulait à flot ou alors…dans un lit.

- Vous aimez lire ? Le questionna la vieille femme après un moment.
- Oh oui ! répondit il aussitôt.
- Alors je pense que celui-ci vous plaira.

Elle disparut derrière une petite porte et revint avec un livre de taille moyenne, il semblait assez ancien et la couverture, d’un rouge presque marron, était marquée d’un titre qui y paraissait gravé.

Shaolan le prit entre ses mains et se surprit à ressentir un sentiment étrange. Une sorte de vague de bien être l’avait envahi à ce simple contact. La vieille femme sourit malicieusement mais il ne la vit pas.

- Je vous dois combien ?
- Oh rien jeune homme ceci est un cadeau on va dire. Vous êtes bien la seule personne a s’être jamais arrêtée ici alors je pense que cela vaut bien le geste.
- J’insiste !
- Ne dites pas de bêtises mon enfant ! Allez maintenant je vous demande de partir il est l’heure pour moi d’aller prendre le thé dans l’arrière boutique.

A ces mots, elle lui adressa un bref hochement de tête et elle disparut derrière une petite porte.

Shaolan resta debout devant le comptoir à observer le livre un long moment avant de se résigner à sortir de la petite boutique. Derrière lui la porte se referma doucement, faisant teinter une dernière fois la clochette en argent.

*~ * ~*

Une clef tourna dans la serrure qui céda facilement et la lumière claire baigna l’appartement où le jeune homme pénétra, épuisé.

Il posa négligemment son manteau et son attaché case sur la table du salon et se laissa tomber sur le canapé, la tête renversée sur le dossier de celui-ci.

Journée catastrophique. Il était arrivé avec trois heures de retard ce qui l’avait obligé à annuler plusieurs réunions. Sa mère l’avait aussitôt appelé pour lui reprocher son manque flagrant de professionnalisme et lui avait raccroché au nez sans lui laisser une chance de s’expliquer.
Sa voiture était tombée en panne à mi chemin, un chien avait pris son pantalon pour un urinoir et pour finir, l’ascenseur de l’immeuble avait choisi ce jour ci, pour tomber en panne.

La seule chose positive en ce vendredi était son entrée dans la petite librairie. Etrange événement certes mais qui avait tout de même fait sa journée et puis il était plus qu’impatient de découvrir ce que la couverture en cuir marron renfermait de si précieux.

Il se leva lentement et se dirigea vers la salle de bain, se laissant aller sous le jet d’eau chaude. Après quelques minutes qui retourna dans le salon, le livre en main, près à débuter sa lecture à la lumière douce de la lampe de séjour.

« Ceci est une histoire dont le temps a effacé les événements mais que ces pages ont su garder jalousement, une histoire au-delà du papier et de l’encre, dans un passé maintenant oublié. Ce récit se déroule dans l’immensité de la ville de Londres sous l’air Victorienne.

L’été 1888 s’annonçait comme les autres, chaud et pas moins dénué de puanteur. Londres de cette époque, surtout l’Est de la ville se retrouvait à l’odorat. Il suffisait de suivre le « parfum » fétide du sang provenant des abattoirs et des excréments qui ornaient les pavés des rues que les troupeaux de mouton empruntaient vers leur mort.
Le « East End » sera le décor de cette histoire qui commence dans l’obscurité de cette ville qui une fois le soir venu, se drape d’un manteau de froideur et d’humidité. Les ruelles se croisent et se ressemblent, toutes sombres et boueuses à l’image de ce que le peuple londonien des bas quartiers était.

Sur la pierre d’un mur crasseux, une inscription à moitié lisible annonçait avec insolence le nom du quartier de débauche : Whitechapel »

Shaolan leva le nez de son livre en sentant une odeur bizarre dans l’air. Il fronça les sourcils et posa son regard sur le salon mais rien d’anormal ne se trouvait à l’horizon. Il reporta alors son attention sur les lignes du livre qui lui plaisait déjà.

Il fut surpris de voir la suite de la page s’effacer sous ses yeux. Il faillit lâcher le roman mais le reteint de justesse sur ses genoux. Le jeune homme continua d’observer les lignes qui s’estompaient des deux pages et quand ce fut fait, une sensation étrange l’envahit, le prenant au ventre et une odeur nauséabonde lui écorcha les narines. Il ferma les yeux en espérant les rouvrir sur un salon vide où il rirait de se rêve qui tournait au cauchemar.

Mais quand l’ambre de ses yeux se posa sur le monde, il poussa un cri de stupeur en reculant d’un pas, se heurtant à quelque chose de dur. Essayant de garder son calme malgré la peur qui le hantait au plus profond de son être il se retourna vers ce qui l’empêchait de s’enfuir et soupira de soulagement en voyant que ce n’était qu’un mur sale et mal odorant.

- Un mur sale et mal odorant…Souffla t il en fixant la pierre avec horreur.
- EH VOUS !

Le cœur de Shaolan manqua de lâcher en entendant ce cri qui, il ignorait s’il lui était adressé.

- NE BOUGEZ PAS ! s’écria la voix grave.

Comme si je pouvais ! Pensa le jeune homme avec ironie en se retournant lentement vers la personne qui l’interpellait.

Devant lui se tenait un homme plus petit que lui mais qui compensait largement par sa forte carrure et son ventre rebondit qui semblait prendre un malin plaisir à vouloir faire céder les boutons de l’uniforme noir. Un visage poupin barré d’épais sourcils froncés, un nez en forme de pomme de terre, sa bouche surplombée d’une moustache touffue montrait des dents gâtées. Il agitait une lanterne devant lui en plissant les yeux pour voir le jeune homme qui semblait pétrifié.

- Qu’est ce que vous faîtes ici Mr ? reprend t il d’une voix mielleuse après un moment.

« Monsieur ? » Relève Shaolan en écarquillant les yeux.

- Vous devriez rentrer chez vous, je vais vous arrêter un fiacre.

L’homme s’éloigne, laissant le jeune homme dans la pénombre de l’endroit. Shaolan se demandait se qui avait fait changer l’attitude de ce qu’il avait identifié comme étant un policier anglais. Où est ce qu’il avait bien pu atterrir ? New York ne comptait aucun quartier comme celui-ci, pensa t il en regardant aux alentours.

Soudain, son regarda se posa sur une inscription gravé dans l’une des pierres du mur qu’il avait heurté en ouvrant les yeux. Il recula de stupeur, n’osant pas croire ce que ses yeux lisaient ; Whitechapel. Il était donc…dans le livre ?

- Impossible ! s’exclama t il, ses yeux continuant de relire encore et encore le nom du quartier.

Mais les mots ne changèrent pas ; W-H-I-T-E-C-H-A-P-E-L. Onze lettres qui formaient un nom. Un simple nom mais qui donnait des frissons à Shaolan. Et le lieu où il se trouvait n’arrangeait rien. Debout au milieu de la rue près du mur qui portait l’inscription funèbre, il n’avait pour seule lumière que celle d’un réverbère dont la petite flemme orange n’offrait qu’une lueur pâle.

Tout ceci n’avait pas de sens. Comment ? Un livre ne pouvait pas vous transportez dans son histoire encore moins dans….le passé. C’était beaucoup trop « réel » pour qu’il soit simplement dans un rêve, encore moins dans une histoire purement fictive. Non, il en était persuadé il était bien dans Londres du 19ème siècle, même si c’était dur de l’accepter entièrement.

Il n’eut pas le temps d’approfondir ses réflexions, un hennissement ayant attiré son attention.

- Voilà M’sieur ! Rentrez bien. Dit l’homme en revenant vers lui.
- Merci…euh…tenez.

Joignant le geste à la parole, il porta sa main à la poche de son pantalon et en sortie un billet qu’il tendit à l’officier. Ce dernier le gratifia d’un sourire édenté.

- M’sieur est trop bon. S’exclama l’homme en fourrant l’argent dans sa poche.

Shaolan le regarda s’éloigner, puis il se décida à monter dans le fiacre dont le cochet semblait s’impatienté.

- Où c’est qu’j’vous emmène ? Demanda l’homme d’une voix sèche.

« Bonne question…réfléchis, réfléchis… »

- 190 Queens Gate !

Sans attendre plus, le fiacre s’ébranla et Shaolan n’entendit plus que le bruit des sabots des chevaux contre les pavés.

D’où sortait cette adresse ? Il ne savait pas où cela se situait et encore moins ce qu’il trouverait en arrivant à destination. Ce n’était pas lui qui avait prononcé ces mots ; à peine avait il ouvert la bouche pour exprimer son ignorance qu’il avait entendu les deux mots de sa propre voix.

Etrange…de plus en plus étrange…de moins en moins rassurant ! La soirée s’annonçait longue…très longue.

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Chapitre II: Through The Paper And The Ink

Les ténèbres…encore…toujours…un réverbère…de retour aux ténèbres… encore… toujours…un autre réverbère…les ténèbres à nouveau ; voilà le paysage que la vitre embuée montrait au jeune homme qui au fur et à mesure que la voiture avançait lentement dans la ville, appréhendait ce qu’il allait trouver à son arrivée devant ce fameux 190 Queens Gate.

Puis le silence et les ténèbres laissèrent place à un endroit plus animé. De la lumière, enfin. Ce spectacle sortit Shaolan de ses angoisses pendant un moment. Il plissa les yeux et distingua plusieurs jeunes femmes qui riaient en compagnie d’hommes dont la plus part à première vue, étaient complètement saoul.

Toute cette agitation régnait devant un établissement qui était la principale source de lumière de la rue. Les vitres des deux étages étaient grandes ouvertes malgré le froid, et de part et d’autres s’élevaient des rires, des cris, des insultes, des chants…des gémissements.

Shaolan ouvrit de grands yeux devant ce spectacle de désolation et de débauche. Mais quelque chose dans cette foule d’un autre temps attira son attention, lui faisant oublier ses problèmes actuels et sans prévenir, il ouvrit la portière du fiacre.

- EH MAIS V’Z’ETES PAS BIEN ! Cria le cochet en tirant sur les rênes. La voiture s’ébranla et s’arrêta.

Shaolan ne répondit rien, se dirigeant prestement vers l’établissement outrageusement illuminé et se posta devant les portes largement ouvertes. Ses yeux ambrés où la lumière de l’entrée se reflétait se posèrent sur l’enseigne. Une grande pancarte en bois, fraîchement repeinte d’un vert bouteille, où le nom de l’établissement avait été peint d’un blanc immaculé.

- Mais c’est…
- Bienvenu au Feathers Bed mon mignon ! L’interrompit une voix.

Baissant son regard vers la personne qui venait de le sortir de sa stupeur, Shaolan croisa deux émeraudes pétillantes de malice. Un visage angélique dont la fine bouche rosâtre s’étirait en un sourire enjôleur. Une jeune femme à peine plus jeune que lui, était adossée à l’embrasure de la porte et le fixait de son regard de jade.

- Nous ne lisons pas la même chose dans ce cas. Répondit-il après un moment.
- Ah oui ? Et que lisez vous donc Monsieur ? Demanda la jeune femme d’une voix suave qui le fit frissonner.
- Feather’s soul.
- Vous êtes donc nouveau à Whitechapel. Assura t elle, amusée.
- Qu’est ce qui vous fait dire cela ?
- Personne ici n’a d’âme…chérubin !

Sur ces mots, elle partie dans un rire sans joie, et pénétra dans le bâtiment. Shaolan la suivit. A peine entré, la fumée qui flottait dans l’air lui piqua les yeux. Le gris pâle des nuages de fumée s’élevant des quatre coins de la pièce contrastait avec la couleur jaune orangée de la lumière qui émanait des bougies dispersées ici et là sur les tables bien occupées.

Il resta un moment immobile, observant aux alentours à la recherche de la chevelure miel qu’il retrouva rapidement. Sans attendre, il se faufila entre les tables où les clients buvaient en parlant bruyamment, écoutant à peine le piano mal accordé qui jouait dans un coin.

Elle lui adressa un sourire et se dirigea vers une porte qu’elle ouvrit et disparut. Plus curieux que jamais Shaolan ouvrit la porte à son tour et se retrouva dans une ruelle sombre, aucune trace de la jeune femme. Déçu, il avança dans la pénombre, se dirigeant vers la sortie de la venelle où la lumière de l’établissement se faisait voir, mais une main saisit la sienne, le ramena vers les ténèbres.

Des lèvres chaudes se plaquèrent contre les siennes tandis qu’un corps se pressait contre le sien. Il répondit instinctivement au baiser, posant une main sur la frêle nuque de la jeune femme, intensifiant l’échange.

Brusquement, le corps aux courbes généreuses se dégage de celui enflammé de Shaolan qui émit un grognement de mécontentement. Le rire cristallin de la jeune femme se fit entendre.

- Qui êtes vous ? Demanda t il, le souffle court.
- Celle que vous voulez…

Provocante elle lui vola un baiser mais ne lui laissa pas le temps de satisfaire son désir.

- Qui est êtes vous ?
- Les prénoms n’ont point d’importance monsieur.
- Shaolan. Lança t il
- Pardon ? Demanda t elle étonnée.
- Je me nomme Shaolan.
- Ah ! Et bien bienvenu à Whitechapel…Shaolan. Dit elle en souriant.
- Votre prénom de grâce. S’exclama t il, suppliant presque.
- Je n’en ai point…plus depuis des années.

Le regard de la jeune femme, à la faible lueur de l’entrée de la ruelle, se voila. Elle perdit son sourire joyeux, et une expression de profonde tristesse et d’amertume se saisit de ses traits fins.

Le jeune homme le remarqua aussitôt et se sentit mal à l’aise. Il n’était pas doué pour rassurer les femmes et chercha se qu’il pourrait dire afin de changer de sujet.

- Puis je savoir ce qu’une jeune femme fait toute seule en pleine nuit dans un endroit aussi…malfamé ?
- Elle travaille ! Vous pensez sincèrement que j’aurais le droit de sortir me promener dans un quartier comme celui-ci si j’avais une quelconque famille à laquelle me rattacher ?
- Je…
- Vous n’êtes vraiment pas du coin vous ! De toute façon vos habits le montre clairement ! un homme du monde ! Vous n’avez rien à faire ici. Cracha t elle avec haine.

Shaolan la regarda s’en aller, bouche bée, surpris par ce changement de situation. Lentement son regarda dériva vers ses habits et il se rendit compte que son jean et son pull avaient laissé place à un élégant smoking noir sur une chemise blanche. En inspectant ses manches il découvrit que sur celles-ci, luisaient de magnifique bouton de manchette, apparemment en or.

Son étonnement n’était pas dû à la richesse de ses vêtements, mais plutôt au fait qu’il soit aussi fortuné, même dans le passé. Le nom « Li » était il synonyme de richesse absolu même dans les méandres du temps ? En tout cas, il n’allait pas s’en plaindre ; il aurait pu être un de ses misérables qui hantaient le Feather’s soul avec pour seul compagnie, une chope de bière de mauvaise qualité.

Reprenant ses esprits, le jeune homme constata qu’il était seul dans la ruelle. Sans attendre plus, il se dirigea vers la rue toujours animée et entreprit de se trouver un fiacre.

- Tu viens mon mignon ! je vais te faire jouir comme jamais ! Lui susurra une voix suraiguë.

Et comme pour prouver ses dires la jeune femme rousse qui venait de l’accoster posa une main insolente sur son entre jambe, le faisant sursauter.
Il se dégagea rapidement de la péripatéticienne aux cheveux de feu, sous les insultes de celle-ci, et s’engagea de l’autre côté de la rue.

Décidément ce quartier n’était vraiment pas un endroit pour lui. Soupirant, il posa son regard autour de lui mais ne vit aucune voiture. Puis quelque chose attira son attention, ou plutôt quelqu’un. Elle était là. De l’autre côté de la rue entrain de racoler un homme dont l’esprit avait déjà été emporté par les vapeurs de l’alcool.

Ce triste spectacle eut pour effet d’enrager le jeune homme qui serra les poings. Immédiatement, il traversa et alla se placer entre la jeune femme et son futur client.

- Venez ! Ordonna t il en saisissant le délicat poignet.
- Eh ! lâchez moi espèce de brute !

Il la tira de force plus loin, sous les insultes de l’homme qui tomba par terre, endormie. La jeune femme se débattait telle une diablesse et avait essayé de mordre Shaolan mais il avait évité la morsure de la belle en mettant sa main derrière son dos.

- Que m’voulez vous ?! Cria t elle.

Pour tout réponse, il s’arrêta, et de sa main libre fit un signe à un fiacre qui passait. Le marche pieds tomba dans un bruit métallique, stoppant les incultes et les cris de la jeune femme, qui, poussée par le jeune homme, monta en premier dans la voiture tapissé de cuire.

- Où c’est que je vous mène m’sieur ?
- 190 Queens Gate.

La voiture avança, sous les claquements des sabots des deux chevaux noirs qui la tirait, tandis qu’à l’arrière, les deux passagers s’affrontaient du regard.

- Que voulez vous de moi ?

Le jeune homme tourna lentement son regard ambré vers la jeune femme assise devant lui ; les bras croisés sur sa poitrine, outrageusement couverte par un bustier d’une vague couleur jaune, elle signifiait clairement par ce geste allié à un regard froid, sa colère et son irritation.

- Je ne sais pas. Dit il simplement en haussant les épaules, retournant à la contemplation du paysage où le jeu, lumière/obscurité avait repris ses droits.

Elle émit un grognement significatif, s’enfonçant un peu plus dans le siège de cuir noir en jetant un regard tout aussi noir au jeune homme en face d’elle, qui semblait songeur. Elle eut tout loisir de le détailler ; il avait de l’élégance et du charisme, mais quelque chose en lui sonnait faux. Elle ne réussit pas à se l’expliquer mais l’impression dérangeante que la présence de cet étrange inconnu dans cette ville était irréelle, ne la quittait pas, depuis le moment où elle l’avait vu devant les portes du Feather’s Soul, quelques minutes auparavant.

Sentant le regard de la jeune femme posé sur lui, Shaolan se retourna vers elle. Il ne souriait pas mais ne semblait pas en colère non plus. Il la considéra silencieusement puis d’une voix quelque peu hésitante qui fit sourire la jeune fille de joie pendant un court instant, il lui reposa la même question qui lui brûlait les lèvres.

- Quel est votre prénom ?

Elle fronça les sourcils devant l’entêtement de l’étranger mais néanmoins lui adressa un faible sourire.

- Vous êtes obstinez dans votre genre !

Il rit nerveusement.

- On me le dit souvent. Répondez…s’il vous plait.
- Pourquoi tenez vous tant le savoir ? Ce n’est jamais qu’un prénom ! s’emporta t elle.
- Je vous ai bien dis le mien
- Je ne vous ai rien demandé !
- C’est vrai…

Baissant la tête, il se retourna vers la vitre et ne dit plus rien. Elle fut surprise de le voir abandonner si vite et soupira, agacée.
Au même moment la voiture s’arrêta dans un mouvement brusque mais maîtrisé.

- V’z’êtes arrivé ! S’exclama le cochet en faisant tomber le marchepied dans le même bruit métallique.

Shaolan ouvrit la porte et descendit en premier, le cœur battant, il resta planté devant la portière, abasourdit. Pas que le luxe du manoir qui se dressait fièrement devant lui l’impressionnait, c’était surtout le fait qu’il avait déjà été dans cet endroit, et il y avait de cela exactement un mois.
C’était à Londres de nos jours, et l’hôtel « Gore » était le cinq étoiles que sa secrétaire avait choisi pour une réservation. Et il se tenait exactement devant la même bâtisse, certes un peu plus ancienne, et les nouveautés du vingt et unième siècle n’y avaient pas encore été ajoutées mais le jeune homme le reconnut immédiatement.

- Auriez vous l’obligeance de me laisser sortir ? Ou préférez vous que je reparte peut être ? Lança une voix irritée derrière lui.

Emergeant, le jeune chinois s’écarta un peu pour laisser la jeune femme descendre. Elle lui lança un regard de travers et posa ses yeux sur le manoir ; sa réaction ne se fit pas attendre, sa bouche s’entrouvrit légèrement accompagné d’un regard admiratif.

Le jeune homme tendit deux piécettes au cochet qui le remercia d’un hochement de tête avant de s’en aller dans la rue où la brume l’englouti, seul le bruit des fers contre les pavés de pierre hanta l’endroit pendant un moment puis le silence revint.

- Vous venez ?

Pour toute réponse la jeune femme hocha la tête presque timidement et le suivit. Ils montèrent quelques marches et au moment où Shaolan allait tirer la chênette la porte s’ouvrit.

- Bon retour Monsieur. S’exclama une vieille femme en s’inclinant quelque peu.

Le jeune homme la reconnut immédiatement ; c’était elle qui lui avait donné ce fichu bouquin qui l’avait conduit dans ce monde dont il ne savait rien, où peut être la puanteur du quartier d’où il revenait. La vieille femme lui sourit amusé devant son air perdu, mais il se décida à entrer, suivit de près par son invitée qui ne se sentait pas vraiment à sa place dans cet endroit trop luxueux pour elle.

Ils suivirent la vieille domestique jusqu’à ce qui semblait être le salon. Un feu aux flammes rougeoyantes ronflait paresseusement dans le foyer d’une cheminée en marbre blanc. Autour étaient disposés trois fauteuils revêtus de velours rouge, le plus large prenant place au milieu. Un tapis de la même couleur aux bords argentés cachait une partie du parquet d’un marron clair visiblement bien ciré.

La domestique dans son habit blanc et noir s’inclina une dernière fois et disparut dans un couloir, laissant le maître des mieux et son invitée dans un mal aise palpable.

Shaolan retira son long manteau noir, le déposant sur le dossier d’un des fauteuils et s’affala sans ménagement sur l’un d’eux, épuisé. Trop d’émotion en trop peu de temps. Il ferma les yeux en lâchant un long soupire.

- Prenez un siège, ne restez pas comme cela à me regarder. Dit il, toujours paupières clauses.

Elle sursauta sortant de sa contemplation muette du jeune homme qu’elle trouvait décidemment de plus en plus étrange. Elle s’assit à l’autre bout du fauteuil, et fixa les flammes d’un air absent, jetant néanmoins quelque regards vers son hôte qui gardait toujours les yeux fermés. Les souvenirs de leur baiser dans la ruelle lui revint en mémoire et instinctivement, elle porta sa main droite à sa bouche, caressant ses lèvres un instant. Se reprochant mentalement cette attitude enfantine, la jeune femme reposa sa main sur sa cuisse.

- Pourquoi m’avez-vous emmenée ici ? Demanda t elle calmement.
- Je crois vous avoir déjà répondu sur ce point.
- On n’emmène pas une catin chez soi pour rien ! S’exclama t elle en levant quelque peu la voix.

Au mot « catin » il avait sentit une colère sourde monter en lui. Il ouvrit les yeux brusquement et l’obligea à le regarder en l’attirant violement à lui. La jeune femme fut surprise de changement de situation mais se repris bien vite, le défiant de ses émeraudes.

- Ne redites jamais cela. Siffla t il en encrant son regard ambré dans le sien.
- Redire quoi ? que je suis une catin ? une péripatéticienne ? une entraîneuse ? une fille de joie ? des rues ? ou alors préférez vous les mots gueuse, racoleuse, tapineuse ?

S’en fut trop, sur cette dernière insulte le jeune homme posa violement ses lèvres sur celles de la jeune femme la faisant basculer sur le canapé de velours. Elle entrouvrit immédiatement sa bouche et Shaolan ne se fit pas prier avant d’y glisser sa langue qui chercha celle de sa compagne avec passion. Emporté par la fièvre du désir, le jeune homme s’enhardis et déposa une main sur les seins blancs presque nus de la jeune femme. Il descendit ses baisers dans le coup tout aussi blanc de sa compagne, prenant un malin plaisir à suçotant la peau nacrée la faisant gémir.

Il s’arrêta aussi soudainement qu’il avait commencé, s’écartant un instant du corps brûlant de la courtisane et chercha ses yeux où la flamme du désir brillait clairement. Elle le regarda un instant, perdue puis se redressa complètement, l’obligeant à reculer.

- A quoi diable jouez vous ? Faites le qu’on en finisse ! C’est mon métier, et si ce n’est pas vous et bien cela sera un autre ! Les hommes en manquent de tendresse ne sont pas rares. Ne me faites pas perdre mon temps je ne suis pas riche moi. Dit elle en se levant.
- Vous n’irez nulle part. Assura t il en la tirant par le poignet, l’obligeant à se rasseoir. Si c’est une question d’argent je vous paierai mais vous ne sortirez pas tant que vous n’aurez pas consentie à me dévoiler votre prénom.

Il s’entendait dire tous ses mots, il s’était senti embrasser la beauté qui l’accompagnait sans s’en rendre compte. Ce n’était pas entièrement lui qui agissait. C’était comme si il y avait deux personnages dans le même corps, lui pensait, l’autre agissait. Et cet autre aussi ressentait. Ce n’était pas vraiment bien clair comme sentiments, mais cette jeune femme le fascinait assurément. L’idée que d’autres mains se soient posées sur cette poitrine si parfaites ou aient osé faire pire lui était insupportable, c’est pourquoi il ne voulait pas qu’elle lui rappelle cet affreuseté qu’elle osait appeler « métier »…c’est pourquoi il voulait savoir son prénom.

Elle le considéra un instant en silence, ferma les yeux, sentant les larmes d’un passé oublié remonter à la surface et respirant profondément elle posa son regard maintenant triste sur Shaolan.

- Très bien. Dit elle d’une voix qu’elle voulait maîtrisée. On m’a jadis donné le nom d’une fleur dans la langue de mes ancêtres, une fleur de cerisier, je me nomme…
- Sakura. Finit il.

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Chapitre III: Behind Title's Mystery

La jeune femme posa sur lui un regard empli d’incompréhension, où de nouvelles larmes se pressaient aux bords de ses émeraudes.

- Co…Comment…Balbutia t elle en clignant des paupières.
- Je parle japonais, j’ai beaucoup voyagé. Expliqua t il en regardant partout sauf vers la jeune femme. Je…je suis marri ne pleurez pas, s’il vous plaît.

Nerveusement, il fouilla dans ses poches et lui tendit un mouchoir en tissu brodé de ses initiales. Elle le prit, baissant la tête honteusement. Il l’observa longuement pendant qu’elle essuyait maladroitement le maquillage noir de fortune qui avait coulé le long de ses joues rosies par la chaleur de l’endroit et sans doute aussi par celle du désir qui s’était estompé aussi vite que leur étreinte avait été brisée.

- Attendez…

Il lui prit le carré de tissu en coton des mains et entreprit de tamponner doucement les traces noires qu’elle n’avait finalement fait qu’étaler sur son visage. Les yeux dans les yeux, ils se contemplaient dans un silence chargé d’émotion. Lentement, la jeune femme déposa sa main sur celle du jeune homme qui se faisait caressante.

- Aime moi…Shaolan.

Sa voix était douce, chaude, vibrante d’un sentiment pur et intense. Elle le regardait de ses yeux de femmes, délaissant pour la première fois depuis leur rencontre ses regards aguicheurs et faux, signifiant ainsi, qu’elle oubliait son métier. Il sentit les lèvres douces et légèrement tremblantes, effleurer timidement les siennes. Une vague de désir ardent le prit aux tripes et il captura l’offrande délicieuse dans un baiser tendre et enflammé.

Doucement il la coucha sur le canapé, son regard ambre fiévreux toujours encré dans les prunelles vertes de la jeune femme. A nouveau il descendit ses baisers sur son cou qu’il parsema avec passion, sous les gémissements de bien être de Sakura. Elle laissa ses mains se perdre dans les cheveux chocolat indisciplinés mais soyeux du jeune homme, caressant son cuir chevelu dans un massage expert et doux. Il gémit à son tour.

Un toussotement se fit entendre, brisant la magie du moment. Les deux amants se relevèrent immédiatement, rougissant comme deux adolescents pris en faute. Shaolan regarda la vieille servante, visiblement mécontent de cette interruption. Elle lui adressa un sourire désolé, et lui indiqua discrètement de la suivre. Il hocha la tête et elle disparut aussi vite qu’elle s’était introduite dans la pièce.

Le jeune homme se retourna vers sa compagne qui évita son regard, les joues teintées de rose, les lèvres lèchement gonflées. Il la trouva encore plus désirable avec cet air timide qui lui allait mieux que ces sourires enjôleurs qu’elle affichait tous les jours. Lentement, il l’obligea à poser ses yeux sur lui en soulevant son menton. Il lui adressa un sourire amoureux, et déposa doucement ses lèvres contre celles de la jeune femme qui n’eut pas le temps de le lui rendre.

- Je reviens. Surtout ne t’en va pas je t’en pris. Supplia t il près de ses lèvres.
- Ne t’inquiète pas, vas y. Assura elle en lui volant un baiser.

Il se leva donc prestement, non sans déposer une dernière fois ses lèvres sur celles de la jeune femme, et rejoignit la vieille femme qui l’attendait au bout du couloir. Il s’approcha d’elle et celle-ci entra dans une pièce. Il la suivit. Devant lui se tenait une immense bibliothèque. Il y avait tellement de livre dans l’endroit que les murs en semblaient tapissés. Dans un coin se trouvait une cheminée, en marbre marron, où un feu crépitait joyeusement entre deux fauteuils en cuir noir, placés face à face, visiblement des plus confortables. La vieille femme se tenait devant une petite table qui se trouvait près du siège en question. Elle l’attendait les mains croisées dans une attitude plus proche de celle d’une maîtresse de maison que celle d’une femme de chambre.

Shaolan remarqua que ses cheveux, strictement coiffé en un chignon serré, étaient d’une couleur noire ébène, à peine marquée de quelques filets argentés, qui lui donnaient une autre beauté. Ses yeux, d’une couleur unique qui dansait entre le prune et le violet, ne quittaient pas le jeune homme, gardant un sourire confiant sur ses lèvres aux contours à peine ridé. Un sourire qui donnait à son visage porcelaine une expression de profonde quiétude qui rassurait le jeune chinois.

- Venez. L’appela-t-elle doucement.

Il s’approcha donc. Arrivé à sa hauteur, elle lui indiqua de sa main droite un livre qui se trouvait sur la petite table. Un livre ; taille moyenne, ancien et couverture d’un rouge brique, sans aucun doute, le même que celui qu’elle lui avait gracieusement offert et qu’il s’était dépêché de prendre, ne s’attendant sûrement pas à la suite des événements.

- Vous me devez des explications. Commença t il en regardant la vieille femme qui souriait toujours.
- Je pense aussi. Prenez place, Shaolan.

D’un geste, elle lui désigna le fauteuil où il s’assit. Elle prit un autre siège, et il remarqua qu’elle tenait le livre entre ses mains.

- Que voulez vous savoir ? Demanda t elle sans le quitter des yeux.
- Qui êtes vous ?

La vieille femme rit, amusée.

- Je ne sais pas exactement, mais mon dernier prénom était Tomoyo, je crois que vous pouvez m’appeler ainsi.
- Pourquoi m’avez-vous donnée ce livre ce matin ?
- Oh et bien je pensais que cela vous serez salutaire de vivre quelque chose d’unique, en vous faisons retrouver le sens de la vie et de…l’amour.

Elle le regardait avec un sourire au coin de ses lèvres bordées de rides malicieuses. Shaolan était troublé, et au dernier mot se sentit rougir devant les images encore vivaces que son esprit lui imposa.

- Vous pensez donc que ma vie n’est que problèmes. S’exclama t il en fronçant les sourcils

Cette fois ci, c’était bel et bien lui qui s’adressait à la mystérieuse femme. Son autre avait d’ailleurs disparu au moment même où le livre avait refait son apparition dans le décor de ce passé ressurgissant de nulle part.

- Non, voyons non…je dirai plutôt que vous avez fait quelque faux pas en chemin.
- Je ne vous permets pas ! s’emporta t il en se relevant légèrement.
- Allons, cessez d’imiter votre mère, cela ne vous va pas du tout jeune homme.

Le ton, pourtant ni sec, ni en colère, glaça le jeune homme et avec lui, sa colère. Il se rassit normalement et attendit la suite de ses explications qui ne semblaient pas venir.

- Je sais que la vie que vous avez dans le présent n’est pas celle dont vous rêviez et avez besoin.
- Comment pouvez-vous en être sûre ?
- C’est tout le sens de ma vie, de savoir cela.
- Je ne vous suis pas…Avoua t il, perdu
- Ce n’est pas grave, puisque vos véritables questions, ne me sont pas adressées. Dit elle. Je sais que cela ne vous aide pas davantage mais laissez moi finir.

Il acquiesça docilement, attendant la suite.

- En ouvrant le livre, vous avez commencé une histoire, celle-ci, seulement votre présence ici n’est pas un rêve. Vous êtes bel et bien retourné dans le passé. Pourquoi Londres ? Pourquoi cette époque ci ? Je ne saurais vous le dire. Ce livre vous mène là où est votre place, votre véritable place. Il existe des moments dans une vie où l’on se sent piégé, où tout autour de vous n’a plu aucune valeur et que vous vous voudriez être ailleurs, n’importe où mais pas dans votre peau à cet instant précis de votre vie.

Shaolan gesticula un moment sur le fauteuil en cuir, s’enfonce un peu plus dans le siège. Ce que Tomoyo disait, n’était qu’une description troublante de ce qu’était sa vie depuis un certain temps.

- …Vous êtes arrivé à ce point là, ce matin dans votre voiture vous vous demandiez comment vous vous étiez retrouvé dans ce triste état, et si je ne me trompe pas la suite de la journée ne vous a pas vraiment fait changer d’avis. C’est pour tout ceci que vous êtes arrivé dans ma librairie, et c’est pour cela, que je vous ai donné le live que voici. Je ne pense pas que vous vous soyez attardé sur le titre Shaolan ? continua t elle.
- Effectivement non, les titres sont parfois tellement mal choisi que je n’ai pas cru bon d’y prêter attention. Dit il, visiblement honteux.
- Je suis d’accord avec vous. Dit elle en riant. Mais celui-ci aurait pu vous donner une petite idée sur ce qui vous attendez…ou pas, en tout cas, le titre de cet ouvrage est : Lifetimes.

Comme pour prouver ses dires, elle souleva le live et le maintint sur ses genoux. L’inscription gravée, en argent, luisit dangereusement sous le reflet des flammes de la cheminée.

- Vous étiez destiné à recevoir ce livre.
- Je ne crois pas au destin. Assura t il amèrement.
- Pourtant vous devriez, c’est grâce à cela que vous avez franchi les pages du temps. C’est aussi grâce à lui que vous allez redécouvrir le sens de l’amour.
- Je n’aime pas cette jeune femme.
- Je n’ai pas dit cela. Fit elle remarquée en souriant malicieusement.
- Peu importe, je suis marié.
- Là n’est pas la question mon garçon, le divorce sert à réparer ce genre d’erreur.
- Lya n’est pas une erreur. Répliqua t il maladroitement.
- Réessayer, cela manquait affreusement de conviction.
- Quand bien même je n’aimais pas Lya, cela ne change pas le fait que Sakura est ici, et moi là bas. Je ne peux pas rester éternellement ici, et elle…
- Ne choisissez pas pour elle Shaolan. Vous êtes ici avant tout pour changer votre vie, et peut être d’autres…

Elle ne lui laissa pas le temps de méditer sur cette dernière phrase et enchaîna :

- Vous êtes libre de rentrer dans le présent, d’ailleurs vous devriez y repartir maintenant, votre femme reviendra bientôt, je ne pense pas que cela arrangera les choses entre vous deux, si elle ne vous trouve pas chez vous.
- Comment le savez vous ?
- Ne vous encombrez pas de questions dont vous n’avez pas besoin.
- Mais…
- Rentrez.

Sur ce dernier mot, elle se leva, ouvrit le livre et le déposa devant le jeune homme qui n’eut pas le temps de réagir, que déjà les pages commençaient à s’effacer sous ses yeux qui se fermèrent d’eux même.

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